Un an

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Il y a un an, jour pour jour, presque heure pour heure. Je m’étais demandée si cette photo allait être la dernière avant ta venue…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a un an je m’apprêtais, sans le savoir encore, à vivre la nuit la plus intense de toute ma vie.

Il y a un an j’allais te mettre au monde, mon petit garçon.

Mon amie K était là, en attendant que ton papa rentre de Paris, où il était parti quelques jours pour le boulot. Mais ce dimanche après midi, elle devait partir vers 16h. Avant de filer, elle a pris quelques photos de moi « c’est peut-être les dernières on sait jamais ! ». Elle m’avait demandé si ça allait aller, pour le peu de temps qu’il me restait à tenir seule, en attendant le retour de ton père.

Oui oui, t’en fais pas…

Quelques heures plus tard, je me décidais à appeler un taxi parce qu’après un long skype avec une copine, un bain, une tentative de mater un truc sur l’ordi pour penser à autre chose et trois spasfons, rien à faire, ça travaillait toujours là bas dedans, et surtout ça travaillait toutes les cinq minutes.

J’avais bien appris ma leçon : contractions toutes les cinq minutes, direction la maternité. Surtout que ton père n’était pas encore rentré, je ne voulais donc pas me retrouver seule à voir ce qui allait se passer à la maison, en attendant son retour (il en avait pour trois bonnes heures de route quand même…).

J’ai donc pris mon petit taxi, avec mon petit sac pour la maternité. Une heure avant je n’étais pas encore sûre, j’avais d’ailleurs dit à ton père au téléphone « non mais je sais pas si c’est pour maintenant, j’suis pas sûre mais bon, arrive quoi ». Il pleuvait ce soir là, mais comme aujourd’hui lundi, un an après tout pile, il faisait encore doux. Ça allait se refroidir durant mon séjour à la maternité, mais en attendant je n’étais pas partie très couverte.

Taxiiiii !!!!!!!!

Taxiiiii !!!!!!!!

 

 

 

 

 

 

J’étais sûre que tu arriverais en pleine nuit. L’accouchement de rêve, où les contractions commencent le matin après une bonne nuit de sommeil, pour mettre au monde un bébé à 17h30, pour pouvoir dormir au moins un peu la nuit suivante… c’était pas pour moi. Je le savais !

Une bonne nuit blanche, mais du coup toute cette atmosphère particulière d’un accouchement en pleine nuit…

Mon amie A est arrivée à la maternité assez vite. Pour être là jusqu’à l’arrivée de ton papa. Elle avait accouché ici même, et elle allait se révéler être une coach de travail incroyable. Car à présent j’avais mal. De plus en plus mal. J’ai vomi, deux fois. Sans doute plus si je n’avais pas été interrompue par la césarienne en urgence qui a permis de te sauver la vie.

Tu nous as fait peur cette nuit là, petit coquin. Dès mon arrivée à la maternité ce soir là, la sage-femme avait vu que ça n’allait pas fort, ton petit cœur n’arrêtait pas de ralentir. Elle disait que tu « faisais des bêtises ». Merde, déjà ! Et puis cette question : « à la dernière écho tout allait bien ? » qui suffit à m’inquiéter pour de bon, à peine le travail commencé. Oui oui, tout allait bien à la dernière écho, pourquoi ?

Les heures qui ont suivi ont été atroces, malgré la présence de ton papa enfin à mes côtés. Une torture. Une souffrance inouïe, doublée d’une inquiétude sans nom, les yeux rivés malgré la douleur sur les chiffres du monitoring, disant que ton petit cœur faisait les montagnes russes. Le pire a été quand, à peine la péri posée, et n’ayant eu le temps d’être soulagée, nous avons vu que tu souffrais. Trop. Les battements de ton cœur n’accéléraient plus. 50, 51, 52…48 battements par minute.

Et la panique. Tout le personnel présent soudain, les lumières crues, les électrodes posées sur ta petite tête, pointant visiblement le bout de son crâne dans l’ouverture encore trop petite de mon col, mais suffisante quand même pour qu’on puisse ainsi mesurer ton activité cérébrale.

Les commandements de me mettre dans toutes les positions, sur le côté gauche, sur le côté droit, jambe levée, sur le dos, à quatre pattes, le cul en pleine lumière, au nez et à la barbe (si j’ose dire) de tout le monde. Ainsi offerte comme une vache sur le point de mettre bas, l’arrière train en suspens, j’attendais, un masque à oxygène sur la figure, quelques mots rassurants, une déclaration, une information, n’importe quoi. J’étais dans un état quasi second, mais je comprenais tout ce qui se passait. J’avais peur. Mais j’étais aussi occupée à tenir bon, à ne pas tourner de l’œil car je sentais bien qu’en temps normal, mon corps aurait lâché depuis belle lurette. Il était 4h du matin, j’étais épuisée, j’avais peur et j’avais mal.

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Les gens parlaient entre eux. La sage-femme qui avait pris en charge mon accouchement m’a percé la poche des eaux. Elle répétait que le liquide était clair. Je savais que déjà, ça, c’était bon signe. Mais ils n’étaient pas plus avancés pour autant. Les secondes, les minutes s’écoulaient.

Ma notion du temps était partie se balader dans les couloirs de l’hôpital, mais je crois savoir qu’en fait, ça n’a pas duré bien longtemps.

Ne comprenant pas ce qui se passait, le médecin nous a alors annoncé qu’ils allaient pratiquer une césarienne. Tu souffrais trop, ton petit cœur ne voulait pas reprendre une activité normale. J’ai dit oui oui, faites tout ce que vous pouvez. J’étais épuisée. Presque soulagée de savoir que je n’en avais plus pour des heures, et toi aussi du coup. C’est bizarre. Je me suis dit brièvement que normalement, quand on annonce aux femmes qu’elles vont avoir une césarienne en urgence, elles se mettent à pleurer car elles sont déçues, tristes, effrayées. Moi non. Sur le moment je me suis sentie soulagée, car cette torture de voir ton petit cœur galérer à l’écran, avec des contractions que moi comme toi semblions ne plus supporter, c’était pire que tout. Je sentais que tu n’étais plus bien, là, dans mon ventre, et qu’il fallait vite te libérer. Bien sûr j’aurais préféré que ça se passe autrement, d’autant que la césarienne n’avait jamais été dans les scénarios que je m’étais fait.

Mais voilà, c’était ça ou…

Quelques minutes après tu étais là. Je ne t’ai pas vu sortir de mon ventre. Quand ils t’ont amené à moi, ils avaient essuyé ton petit visage. Tu étais déjà tout rose, et tu dormais ! Je t’ai vu en gros plan. La sage-femme qui te tenait, à côté de ton papa, pendant qu’on me recousait le ventre, collait ta petite figure à la mienne. Tu avais l’air parfait. Ouf !

Tout allait bien. Tout le monde a eu chaud, mais tu allais bien. Quand ils t’ont sorti de mon ventre, le cordon faisait deux tours autour de ta cheville gauche. Tu tirais dessus pendant les contractions, que tu supportais mal, coupant ainsi ton arrivée d’oxygène.

Petit coquin poupon tout rose.

Et te voilà, un an après. Tu es déjà un presque petit garçon.

Ton père préparant ta birthday party... oublie les autres enfants, c'est personne...

Ton père, préparant ta birthday party… fais pas attention aux autres enfants, c’est personne…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un an que ces gens sont entrés dans notre vie à tous les trois, un soir de ce début de mois de novembre. A-S, la sage-femme de mon accouchement, qui est venue à la maison par la suite, à qui j’avais besoin de poser des questions sur ta naissance. Le gynéco qui t’a sorti de mon ventre, la sage-femme C qui essayait tant bien que mal de me détendre pendant le travail, m’enjoignant à imaginer que je soufflais doucement sur une bougie sans l’éteindre, alors que moi j’avais surtout envie de gémir et de dire plein de gros mots. Et tous les autres, qui dans mon souvenir flottent autour de moi, de nous. Des visages, quelques paroles, un mot rassurant, des voix, une main… Je ne connais pas leurs noms, je ne sais pas qui ils sont, et je me demande bien ce qu’ils font aujourd’hui, en ce beau lundi ensoleillé, un an après.

Et puis il y aussi cette jeune femme, avec qui j’ai partagé ma chambre à la maternité. Elle est arrivée quelques heures après moi, dans l’après midi je crois. Elle avait eu sa petite fille le matin même. Elle avait 25 ans, et avait appris qu’elle allait être maman seulement trois mois auparavant… Une banale gastro, et voilà. Efficacité de la pilule annulée. Elle et son copain avaient eu bien peu de temps pour se faire à l’idée qu’ils allaient devenir parents. Mais ça allait. Je l’ai entendue pleurer, une fois ou deux. Je me demande bien ce qu’ils sont devenus tous les trois, si ça va, si sa fille va bien. Elle va avoir un an elle aussi.

Demain nous allons fêter ta première année de vie. Mon petit garçon.
Les premiers temps après ta naissance, la phrase que j’ai le plus entendu, je crois, c’était « profite ! Ça passe teeeeellement vite ! ».

C’est vrai, et en même temps j’ai l’impression que tu es là, dans nos vies, avec ton petit caractère, ta petite personne, tes petits yeux, et ton petit sourire, l’attention et les petits rituels que tu réclames, depuis si longtemps déjà…

Ça ne fait qu’un an, pourtant. C’est fou comme une vie – deux vies ! celle de ton papa et la mienne – peuvent changer en si peu de temps.
Qu’est-ce que ce sera quand je viendrai raconter ici qu’on fête tes 18 ans !
Cette nuit, à 4h20, tu auras un an. Je ne crois pas que je serai réveillée pour te le chuchoter. Alors je te le dirai demain. On te mettra une bougie sur un petit gâteau. Peut-être que cette fois j’arriverai à souffler dessus tout doucement, pour faire vaciller la flamme sans l’éteindre, et illuminer ton petit regard curieux.
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Joyeux premier anniversaire mon tout petit garçon.

 

6 réflexions sur “Un an

    • Birdy dit :

      Merci Maman Nouille !!! Je ne me rends plus bien compte, à force. Je n’ai pas l’impression d’avoir été « traumatisée » par mon accouchement, son souvenir étant lié à la joie immense de l’arrivée de mon bébé. Je n’en retiens donc pas seulement l’aspect médical-douleurs-urgence, mais aussi son aspect, malgré tout, amour-accompagnement-bonheur. C’est peut-être cucul, mais j’ai décidé de ne pas retenir QUE cette césarienne en urgence. Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est ce que m’a dit ensuite la sage-femme : « heureusement que vous êtes venue tôt dans le travail, sinon on l’aurait probablement perdu ». Elle m’a ensuite répété que j’avais eu une bonne intuition, de ne pas attendre. Je sais pas trop, j’ai surtout fait ce qu’on m’avait appris.
      Toujours est-il que cette idée là, pour le coup, est assez traumatisante.
      Mais tout est bien qui finit bien, et c’est de ça dont je me souviens, et c’est de ça dont j’ai eu envie de parler, je crois, quand je me remémore les choses un an après.

      Et puis, dans ce billet, je m’adresse à mon bébé, comme s’il devait le lire quand il sera plus grand. Qui sait, peut-être que dans un prochain article je parlerai de la césarienne ?

      Merci pour tes mots en tout cas !;)

      • Maman Nouille dit :

        Je trouve aussi que cette parole de la sage femme est particulière. Mais effectivement tu as bien fait de te fier à ton ressenti qui était le bon.
        C’est important aussi je trouve de rappeler que l’accouchement, mais si c’est banal peut être dangereux. Je trouve qu’on banalise parfois les choses et c’est vraiment une chance d’avoir tout cet univers médical autour. J’ai eu une césarienne programmé pour bébé en siège et bassin trop étroit. Parfois je me demande comment les choses ce serait passées quelques siècles auparavant, peut-être que ça aurait été, peut-être qu’on y serait resté tous les deux.

  1. Florence dit :

    Coucou amelie
    Très beau récit, un an déjà … Et oui profite ça passe si vite … En janvier je fêterais les 17 ans et 15 ans de les puces … J’ai tellement l’impression que c’était hier…
    Je t’embrasse bien fort
    Célestine 😉

  2. walldoudou dit :

    Coucou ma belle, je suis toute émue à la lecture de ce texte… Charlyne aura 1 an dans un mois et je me souviens du moindre détail de mon accouchement comme si c’était hier. Le mien a été bien moins mouvementé et les 15 heures que cela a duré sont passées à une vitesse incroyable ! Mon regret est d’avoir été bien seule les 10 premières heures… Le papa n’est venu qu’après la pose de la péri… j’ai donc souffert seule. Ce que je n’oublierai jamais c’est cette main me massant les reins durant de violentes contractions. Celles de ma voisine de chambre qui, elle, avait accouché un peu plus tôt. Ce geste spontané et plein de générosité m’a marqué à vie venant de cette personne que je ne connaissait pas. J’ai appris par la suite qu’elle aussi était séparée du papa depuis ses 3 mois de grossesse. Je ne l’oublierai jamais et sa petite princesse aussi. Si petite à côté de la mienne… tu expliques très bien comment toutes ces personnes que nous rencontrant ce jour là , font et feront à jamais partie de nos vies et de notre histoire…j’aimerais aussi tellement savoir ce qu’elle sont devenues toutes les 2 ?
    Continue ma belle ! Tu as un réel talent pour l’écriture et te lire est un pur bonheur !
    Walldoudou

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