Salle d’attente

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Je me décide à vous raconter un peu mon histoire, qui, vous vous en rendrez compte, n’est pour l’instant qu’une longue attente. Attendre de rencontrer le bon, attendre que le bon se décide, et enfin attendre de tomber enceinte. Après tout ça il me faudra encore attendre 9 mois, mais déjà je serai sur une autre planète…

Bon allez, je vous raconte un peu. Pour ceux qui ne connaissent pas mon histoire, en lisant ces pages, vous devez penser que j’essaie d’avoir un bébé depuis des années, et peut-être même que certains d’entre vous compatissent. Arf ! Je me sens comme une imposteur(euse?). Car non non non, je n’essaie pas depuis des années, en fait ça ne fait pas si longtemps. En fait je n’en suis qu’au début des essais. Et oui. Pourtant, à me lire, on dirait que je me languis depuis des siècles ? C’est le cas. Car je ressens ce besoin, cette envie irrationnelle depuis déjà bien longtemps. Mais j’attendais de rencontrer « the one », celui avec qui je pourrais réaliser ça, pour de bon, pour du bien. J’ai mis un peu plus de temps pour le trouver que d’autres. Oh ! j’aurais pu assouvir mon désir d’enfant bien plus tôt ! Mais comme je voulais faire les choses bien, et que mon enfant ait un père… ben voilà, on arrive vite à un âge où le tic tac de cette foutue horloge se fait entendre un peu plus fort. Tout simplement !

Donc dans mon cas il s’agit bien de ça, et de rien d’autre. Pas d’histoires de vie(s) professionnelle(s) à construire, pas de soucis de santé ou de graves problèmes d’argent. Trouver le bon partenaire, celui qu’on aime et qui nous aime, et qui nous donne envie de faire des bébés avec. Juste ça oui, mais juste ça qui peut suffire à retarder l’âge où vous allez vous y mettre.

Voilà comment on arrive à 33 ans, avec un désir d’enfant plus fort que jamais. Et alors qu’on avait fini par entrevoir avec terreur qu’une famille ne serait peut-être jamais pour nous, on se remet à y croire. Notre nouvelle histoire qui se présente sous les meilleurs auspices nous permet d’envisager la chose comme nouvellement possible.

Et donc à un moment donné, comme pour toute histoire d’amour, le sujet est abordé. J’avais donc 33 ans bien sonnés (tic tac). Je savais que mon amoureux voulait des enfants avec moi, mais hélas pas tout de suite, pas maintenant. Profiter à deux, avoir un peu de temps pour nous. Moi aussi, lui dis-je, mais j’ai bientôt 34 ans, et si j’ai encore le temps, je n’ai pas non plus toute la vie. Disons qu’il faut y penser quoi. C’est maintenant.

Un jour, sur un forum, j’ai trouvé le témoignage d’une fille qui faisait écho au mien de manière assez troublante. Le voici :

« Voilà je ne sais pas comment aborder le problème, mais j’ai 34 ans, je suis avec mon copain depuis 8 mois, et tout récemment (en fait depuis mes 34 ans) je cogite à avoir un enfant. Mon copain est d’accord pour en avoir mais il trouve que c’est encore tôt pour l’envisager , ce que je comprends de son point de vue, on se connait depuis peu.
Mais moi je suis plus pressée que lui, j’ai peur de passer l’age en quelque sorte, d’arrêter la pilule dans 6 mois/un an, et de mettre 1 an, 2 ans ou plus pour avoir un enfant. 

Lui me dit de ne pas m’inquiéter, mais lors d’une discussion je me suis rendue compte que sans doute par méconnaissance, il pense qu’une femme peut avoir aussi facilement des enfants à 25 qu’à 45, du coup il n’a pas ce stress que j’ai. En plus il dit qu’il veut 3 ou 4 enfants, mais il ne se rend pas compte, si je commence à 36 ans, je ne pourrai peut-être pas en avoir autant ! 

Je ne sais pas quoi faire, j’ai peur de lui mettre la pression en lui expliquant tout ça, qu’il se sente pris pour un « géniteur » ou je ne sais quoi. Je l’aime et je suis prête à m’adapter à son rythme, mais j’ai l’impression d’être prise par le temps, et je n’ai pas non plus envie de le décevoir en lui expliquant que, malgré ce qu’il croit, je ne suis peut-être pas si fertile qu’un jeune femme de 25 ans… (lui est plus jeune que moi, il a 30 ans) bref j’ai peur qu’il se rende compte en expliquant ça qu’il est avec une « vieille peau’ (excuse à toutes celles de mon age et au delà). »

Cette jeune femme avait tout dit ! Tout mon malheur était là. Et comme elle, j’avais 34 ans et mon cher et tendre 3 ans de moins.

Comment expliquer à mon bien aimé que, bien sûr j’avais encore le temps, et que si on me garantissait que j’allais tomber enceinte sans problème à 39 ans, j’étais prête à attendre encore. Mais si bébé tardait à venir… pour ne pas venir du tout (et oui ça arrive), j’en perdrais la raison ! L’attente exacerbe le désir d’enfant, jusqu’à le transformer en obsession (oui je sais ça craint).

Pourtant, je vous assure que je suis normale, ma santé mentale semble aussi bonne qu’elle puisse l’être, j’ai une vie sociale et affective normale, une relation avec mon homme saine et normale, avec un président normal. Donc non non non, je vous vois venir derrière votre écran « elle est pas bien celle-là », à vouloir trouver des explications tangibles et rationnelles sur ce désir fou d’enfant (il doit lui manquer un truc, faut qu’elle se pose les bonnes questions, quel vide cherche-t-elle à combler). Je refuse d’avoir à justifier cette envie. C’est chiant à la fin de devoir se justifier pour tout, alors qu’une nana qui tombe enceinte directos aura non seulement pas eu le temps de flipper, mais aura aussi évité toutes ces questions horribles et injustes qu’on m’a parfois posées (si si je vous jure !). De toute façon, quoique vous fassiez, on vous demande toujours le pourquoi du comment. Si tu ne veux pas d’enfant, pourquoi, si tu veux à tout prix un enfant, pourquoi. Les gens sont peut-être curieux ou se font sincèrement du souci pour vous. Mais ils veulent surtout qu’on les rassure.

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Bon je continue mon histoire.

Avec l’accord de mon amoureux, j’ai arrêté la pilule en mars dernier, quelques jours après mes 35 ans.

Un beau jour, mon rêve se réalise : mon amoureux se décide. Enfin ! Il m’annonce, au tout début de ce mois de septembre, « avoir envie d’un ptit bébé ». J’ai l’impression d’avoir attendu ce moment là toute ma vie. Et pourtant, je sais qu’on marche encore sur des œufs, car si mon homme décide de laisser faire les choses, il ne fonce pas tête baissée dans les essais, et semble garder ses distances avec la réalité physiologique et les aléas de mon cycle. Il en a envie, je n’en doute pas, mais il a peur. Un jour il me demande si je comprends ça, si moi aussi j’ai peur. Bien sûr ! Je suis pétée de trouille ! Mais tout le monde flippe non ? Vouloir un enfant est quelque chose de complètement irrationnel et de déraisonné. Si on réfléchit une minute au fait d’amener volontairement un être humain dans un monde où il y a la guerre, le réchauffement climatique, la faim, le SIDA, le dernier album de Zaz et les vidéos d’Alain Soral, on arrête tout et on se fait ligaturer les trompes. Et les quelques fois où je me suis crue enceinte, j’en ai eu tellement les jetons au moment de faire le test, que j’ai finalement ressenti une pointe de soulagement quand c’était négatif. Mais juste une pointe hein, car très vite la partie irrationnelle de mon cerveau se réactive, et toutes les considérations matérielles, logiques, sensées s’envolent, et je ressens à nouveau ce besoin fou.

Les mois ont passé, et la pourtant courte attente qui s’est installée depuis bientôt quatre mois me ronge déjà. J’ai l’impression que j’attends depuis toujours, et quand je n’ai pas le moral j’en viens à me dire que le sort s’acharne, et que décidément, si je dois être mère un jour il aura fallu que j’en franchisse des étapes pour accéder à cet état si facilement accessible à d’autres, qui n’auront pas eu à faire tout le cheminement que j’ai fait, qui n’auront pas eu besoin de se rendre sur des forums, qui n’auront même pas eu à se demander comment leur corps fonctionne pour optimiser leurs chances, qui sont devenues mères sans savoir comment évoluent le col de l’utérus, la température ou la glaire cervicale au cours de leurs cycles.

Alors ok, je ne galère pas depuis des années, à essayer encore et encore, à réaliser des protocoles de PMA longs et douloureux pour soi et pour le couple. Mais bordel, ça fait un moment que je poireaute, et comme disent les Brigitte, « Connaissez-vous la peine d’une femme qui rêve d’être mère ? »

Je veux un enfant
Je veux un enfant
Je veux dans mon ventre, sentir le sang, la vie dedans, je veux un enfant

Passe 28 jours, les doigts croisés, j’attends mon tour
Sur mes dessous, le sang revient, comme toujours.
Je me sens bien seule, je ferme ma gueule quand autour de moi,
toutes les cigognes frappent aux portes, sont passées par là.
J’ai envie d’hurler, j’ai envie de pleurer, je m’accroche à ton cou.
Qu’est ce qu’ils font les autres ?
Qu’est ce qu’ils ont les autres de plus que nous ?

Je me fous des discours, des mots qui rassurent, des professionnels.
Connaissez-vous la peine d’une femme qui rêve d’être mère ?
La belle je sais faire
La conne je sais faire
La cuisinière aussi.
La fille je sais faire
La pute je sais faire
Mais pas donner la vie

Je veux un enfant
Je veux un enfant
Je veux dans mon ventre, sentir le sang, la vie dedans, je veux un enfant

5 réflexions sur “Salle d’attente

    • Birdy dit :

      Bonjour Pomdepin ! Merci pour ton commentaire !

      Bien sûr, je n’ai jamais dit qu’à 40 ou 45 ans on ne pouvait pas avoir d’enfant, ou qu’on allait forcément avoir des soucis. J’espère que ce n’est pas l’impression que donne mon discours.
      Je connais, comme tout le monde, des gens qui ont eu un enfant tard (voire très tard !) et pour qui tout s’est bien passé. Mais ce que j’essaie d’expliquer dans ce blog, c’est que ce n’est pas parce que ça marche pour certaines, que ça marchera pour toutes. Certaines n’y arriveront pas, même avec l’aide de la médecine, même encore jeunes. Je ne veux pas tenir un discours catastrophiste, dire qu’après 35 ans c’est foutu (encore heureux !). Bien sûr que non. Mais je veux dire aux femmes de ne pas oublier que l’horloge biologique est toujours la même, avec ou sans médecine, et que sans s’alarmer, il faut avoir conscience de ça, pour ne pas se réveiller trop tard. Voilà tout ! Mais bien sûr qu’on peut être mère à plus de 40 ans, sans aucun souci !!! Je le sais bien ! Bravo à toi en tout cas, et merci pour ton témoignage ! 😉

  1. prinouque dit :

    J’ai 24 ans,

    Je veux un enfant.

    Bonjour Birdy, ça peut paraître fou, mais en te lisant je sais que tu me comprendras. Que 24 ans et je veux un enfant.
    Dans cette envie se mélangent des tas d’envies.
    Le fruit d’un amour qui dure depuis nos 17 ans,
    Les petites flammes dans le ventre, le besoin de chambouler mon quotidien et surtout j’ai de l’amour et du bonheur à revendre !
    Mon compagnon a toujours su que je voudrais un enfant, et assez tôt. Pas à 19 ans, non, mais après les études, peut être une fois que j’aurais un travail.
    J’ai découvert à 21 ans que j’avais des gros problèmes hormonaux qui se stabilisent que maintenant. Du coup je me dis que ça pourrait être le moment de commencer à y penser de façon plus sérieuse. Evidemment mon ami ne voit pas les choses de la même façon, il faut l’avouer la garçons pensent d’une façon étrange 🙂
    Je n’ai pas voulu le convaincre ou le forcer, mais c’est vrai, j’en ai parlé très souvent. Et puis il y a bcp de bébés autour de nous !
    Il a compris que pour moi ça allait être difficile à cause de mes problèmes de santé, que la conception pouvait prendre beaucoup de temps. Mais maintenant que j’ai obtenu mon Master, un travail (depuis septembre) et surtout, que je me sens BIEN il accepte et se fait de plus en plus à l’idée d’être un papa. Nous avons donc commencé dimanche 😀
    La patience est le maître mot mais surtout, un conseil (que je vais essayé de tenir), ne pas regarder ou lire les forums. Ne pas (trop) calculer sa date d’ovulation car je pense que la spontanéité aide beaucoup. Et surtout cela aide à ne pas tomber dans la routine « c’est le moment là on s’y met ».
    Pardon pour ce looong commentaire mais tout ça me travaille 🙂

  2. f4iry dit :

    Je te comprends complétement même si j’avoue je n’ai que 24 ans donc le temps n’était pas une question. Alors que je te raconte un peu mon histoire. Je suis restée 7 ans avec un homme, on a essayé pendant plus de 2 ans d’avoir un bébé et là RIEN, QUEDAL, NADA… Et moi qui déprimait de ne jamais pouvoir avoir d’enfants…

    Ca ou autre chose a fait qu’on s’est séparé. Je me suis remise avec quelqu’un. Mais je pleurais toutes les nuits en pensant que du coup mon bébé, je n’étais vraiment plus prête de l’avoir… Surtout qu »il voulait attendre minimum 3 ans de relation pour envisager la chose…

    On se fait à l’idée (ou pas).

    En janvier, je me suis faite opérer de l’appendicite. Et les choses ont fait que j’ai arrêté ma pilule. Et comme dans ma tête j’étais stérile je ne voyais pas le soucis…

    Sauf que 2 mois plus tard, je suis en retard de 15j sur mes règles… J’en parle avec le chéri (ça ne faisait pas encore 1 an que nous étions ensemble) et là il me dit la chose qui m’a surement le plus blessé de toute ma vie : Tu vois tu n’es pas stérile, donc si on remet ça dans 2 ans c’est bon (oui lui pensait à l’avortement).

    Comment j’aurais pu envisager avorter depuis le temps que j’attendais le jour béni où j’aurais un test de grossesse positif.

    De discussion en discussion. J’en suis venue à l’évidence que je ne pourrais pas vivre avec quelqu’un qui m’aura demandé de faire un tel sacrifice. Donc oui c’était un ultimatum, oui je lui ai pas mal forcé la main. Mais si j’avortais nous deux c’était fini.

    Il a réfléchi (très longtemps), on a pleuré (très souvent). Et on est tombé sur la conclusion suivante : on s’aime, on n’aura rien de plus dans 2 ans, donc pourquoi reporter…

    Il me le répète des fois « ça va trop vite ». Oui mais c’est comme ça. Et on s’aime toujours autant 9 mois plus tard (vu que bébé doit pointer le bout de son nez la semaine prochaine au plus tard). Il a peur. Normal qui n’aurait pas peur dans cette situation.

    Enfin voilà ma petite histoire à moi !

  3. Espoir4477 dit :

    Hello Birdy,

    Qu’est ce que tu écris bien ! c’est édifiant de revivre ces périodes de doutes, de désespoir, de remise en question, à travers ton récit. Tous ces sentiments qui continuent chez moi car, mon rêve de donner vie, de donner l’amour dont je déborde, ne s’est pas encore réalisé.

    Je n’avais jamais imaginé qu’un jour j’aurai honte de ne pouvoir y arriver comme les autres. Oui, c’est le sentiment qui m’habite actuellement, j’ai honte d’être toujours à la traîne à chaque étape de ma vie.

    Pour terminer, saches que tu vas y arriver, plutôt que tu ne le penses.

    Je suis ton fan et c’est avec plaisir que je reviendrai te lire.

    Bises

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