Lettre à une « childfree », Magenta Baribeau

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Magenta,

Je suis tombée sur ton blog au détour d’un article sur toi et ton documentaire sur ce qu’on appelle aujourd’hui les « childfree ».

Je m’étais dit chouette, enfin un blog consacré à celles qui ne veulent pas d’enfants. Intéressant ! Eh oui, je suis une femme qui RÊVE d’en avoir, mais qui comprend parfaitement bien, bizarrement, qu’une femme ne veuille pas d’enfants, et admire celles qui assument cette non-envie, envers et contre-tout, face à leurs amis, leurs familles, leurs collègues de boulot.

C’est un sujet qui m’intéresse et me touche particulièrement. J’ai regardé une émission fort intéressante des Maternelles sur France 5 sur ce sujet très tabou. Les intervenantes y expliquaient ce qu’elles vivaient au quotidien, les questions et les jugements des autres, la difficulté d’assumer ce choix face au modèle classique « mari-maison-famille ». Étrangement, je me suis toujours sentie assez proche de ces femmes-là. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à 35 ans bien sonnés, j’essaie (enfin !) de faire un bébé, et que donc à moi aussi on a posé et on pose encore ces questions, j’ai moi aussi ressenti cette pression très fortement, j’ai moi aussi entendu ces petites phrases assassines, ou perçu le jugement derrière la remarque. Et plus loin que ça, comme l’homme que j’aime souhaitait attendre un peu (eh oui je l’ai rencontré sur le tard, c’est rien de le dire !), à chaque fois que je tentais d’expliquer aux gens que c’était de plus en plus dur pour moi d’attendre, avec cette foutue horloge biologique dont le tic tac résonnait de plus en plus fort à mes oreilles, ils finissaient souvent par me demander de me poser la soi-disant bonne question : pourquoi avoir un enfant était si important pour moi ?

A force, j’ai trouvé ça horrible. En gros, passé un certain âge, on nous demande de nous justifier sur TOUT : tu veux un enfant, pourquoi. Tu ne veux pas d’enfant, pourquoi.

Se justifier, encore et toujours, expliquer aux autres, donner des raisons, pour quelque chose de finalement inexplicable. Personnellement j’ai pris le parti de ne plus le faire. C’est mon choix, mon envie, un point c’est tout. Est-ce qu’on demande à une nana de 26 ans enceinte jusqu’au cou si elle est bien sûre ? Si elle veut cet enfant pour de « bonnes raisons » (ça j’adore, le coup des bonnes raisons, comme si les gens faisaient des enfants pour de « bonnes » raisons) ? Alors vous, qui avez attendu, pour de bonnes raisons pour le coup, on vous emmerde, on vous en pose des questions, à vous qui vous en êtes déjà tant posées.

J’ai le souvenir d’une chef au travail, qui ne souhaitait pas avoir d’enfant. Elle semblait parfaitement l’assumer, faisant fi des silences bizarres ou des regards en biais quand elle l’affirmait haut et fort. Les remarques, elle ne prenait même pas le temps de les entendre, c’était le genre de nana à fond dans son boulot, qui virevoltait tout le temps. Un jour, je lui ai demandé si ce n’était pas trop difficile d’assumer ça, de sentir tout le temps chez les gens ce « elle ne veut pas d’enfant, elle ne pense qu’à elle ». Elle m’a répondu que non pas du tout, personne ne lui disait rien, ou alors elle s’en foutait. J’ai essayé de sous-entendre que, même si les gens n’osaient l’ouvrir face à elle, par derrière ça devait certainement jaser. J’avais envie qu’elle se défende un peu, au fond. Mais elle semblait ne pas le voir, ou ne pas vouloir le voir.

Je me souviens pourtant des réflexions affreuses que j’entendais à son sujet : « elle ne pense qu’à elle, c’est une égoïste, elle préfère s’acheter des Louboutin, c’est une carriériste »… j’en passe et des meilleures. J’étais la première à la défendre, à dire à mes collègues « mais qu’est-ce que ça peut vous foutre ? », à défendre bec et ongles que c’était son choix, et que ça ne regardait personne d’autre, à dire que si quelqu’un ne voulait vraiment pas d’enfant, ben valait peut-être mieux qu’il n’en ait pas. Rien à faire. Les filles (oui, les jugements les plus durs que j’ai entendus à ce sujet venaient toujours de femmes) restaient campées sur leurs positions « quand même avoir un enfant c’est dans l’ordre naturel des choses ». Ben non.

Tout ça pour te dire, chère Magenta, que je comprends très bien ta position, et t’aurais fait de la pub avec plaisir, lors de ces discussions sur vouloir un enfant ou ne pas vouloir d’enfant « lisez le blog de Magenta, elle en parle très bien ! », sauf que… non.

J’ai été déçue en te lisant. Oh tes billets sont efficaces, bien sentis, accrocheurs. Pour autant je les trouve profondément injustes. Je ne sais pas si c’est toi, les gens qui te commentent, ou l’ensemble du blog qui donne cette impression. Toujours est-il qu’elle est là.

Je m’aperçois que – mais est-ce ta faute ou celle de la société toute entière ? – « ne pas vouloir » devient « se situer contre ».

Car c’est bien le sentiment qui ressort de ton blog. Je suis navrée de dire ça, j’aurais tant aimé faire ta pom pom girl, te dire que tu défends une grande cause, te soutenir, abonder dans ton sens. Mais la plupart des articles (je ne parle même pas des commentaires, souvent – pas toujours, heureusement ! – amers, hyper manichéens, pour ne pas dire absurdes) donnent l’impression que tu ne défends pas seulement ton choix de vie, mais que tu démontes littéralement l’autre mode de vie, celui qui ne te fait pas envie, celui que, visiblement, tu trouves repoussant.

J’étais triste et perplexe en te lisant. Je me suis dit « ah mince, bon, c’est donc ça. Elle ne dit pas ne pas vouloir d’enfant, elle dit qu’avoir des enfants c’est de la merde, et qu’on est bien cons de vouloir une vie pareille ».

Beaucoup de tes articles et leurs commentaires m’ont heurtée, et même blessée. Vraiment. Alors que les réflexions naïves, un peu concons parfois, ignorantes la plupart du temps, des gens de mon entourage ne font que m’agacer, ou au pire finissent par me fatiguer, tes propos et ceux de tes fans m’ont sincèrement énervée, choquée. Pas tant d’un point de vue personnel, je n’ai pas besoin de m’auto-convaincre qu’avoir un enfant ça peut aussi être génial, mais du point de vue d’un discours que tu tiens sur le monde. Je respecte les idées de chacun, mais là ta vision du monde m’a semblé hyper manichéenne, avec deux camps bien tranchés, campés sur leurs positions, qui pensent chacun de leur côté qu’ils détiennent la vérité. Comme c’est déprimant !

Tu as posté un lien vers un article débile, que tu qualifies d’ «amusant » : « Les couples sans enfants seraient plus heureux… ». Je l’avais vu tourner sur la toile cet article, je l’avais lu sans le prendre au sérieux. Quand même, faut pas déconner…

A ton post, avec ce fabuleux article donc, une personne réagit. Elle dit qu’elle ne te suit pas sur ce coup-là, qu’elle ne comprend pas pourquoi tu écris ça, pourquoi tu tombes dans les travers que tu dénonces, que cet article donne la farouche impression (désolée mais, malgré ce que tu pourras en dire, c’est bien l’impression qu’il en ressort) que tu prétends que ton choix de vie est meilleur qu’un autre, que c’est toi qui as raison. Tu lui réponds, avec une pointe de mauvaise foi, que tu n’as fait que poster un billet amusant, que ce n’est pas toi qui l’as écrit. Tu te défiles, en quelque sorte (c’est bien pratique de se ranger derrière un article de presse bas de gamme, sous prétexte que c’est « amusant »). Pourtant, en relisant bien ton post, ce n’est pas vrai. Tu ne fais pas que le poster juste comme ça, parce que c’est marrant. Tu prends parti, tu dis « regardez comme ce qu’ils disent dans cet article est vrai ! ». Je te cite : « Bref, le couple est à l’honneur parmi mes raisons de ne pas vouloir d’enfant. Eh bien, certains psychologues abondent également dans ce sens, pour citer cet article trouvé sur Internet », (alors si les psychologues le disent effectivement… tu dois avoir raison…) et de citer le fameux article. Et tu me rassurerais si tu disais avec moi qu’il se situe quand même au ras des pâquerettes. Mais ce papier n’a pas prétendu être un article de fond, et en dire plus que ce qu’il voulait bien dire. Et les gens qui l’ont vu ont peut-être souri en le lisant, effectivement, mais ne l’ont pas interprété de manière aussi simpliste. Sans ça 90% des couples sur terre seraient malheureux. Imagine ! Sales mioches.

Je ne sais pas ce que tu cherches à prouver Magenta, aux autres ou à toi-même, mais j’ai trouvé ça juste dommage. Oui c’est le mot. Car autant je comprends mes amies qui ne veulent pas d’enfants, autant toi, à lire ton blog, tu donnes l’impression de ne vouloir que démonter le statut de la mère, dire qu’avoir des enfants c’est de la merde et que ça détruit une vie de femme et de couple. Pour quoi faire ? Pour te rassurer ? Te dire que, si si, tu as bien raison, toi seule et les autres childfree avez tout compris ?

Je suis triste et déçue. Autant j’avais très envie de voir ton documentaire en lisant un article dessus au hasard du web (oui, on parle de toi), autant en lisant ton blog je me dis que finalement non, si c’est pour voir une jeune femme s’agiter afin de prouver aux autres et à elle-même qu’elle a tout compris à la vie…

Quel dommage !!! En te lisant ce matin, c’est tout l’inverse de l’effet escompté qui est ressorti, pour moi, de ton blog. Pour moi, jeune femme de l’extérieur (mais c’est bien les gens de l’extérieur que tu cherches à convaincre, non ?), jeune femme de l’extérieur donc, et pourtant sans enfants à presque 36 ans, tu ne redores pas tellement le blason des « childfree », au contraire !

Alors je suis d’accord avec toi sur le fait que, malheureusement, et peut-être bien malgré toi, la société t’a obligée à te justifier. Je le sais parce que j’ai eu aussi ce sentiment, et je l’ai encore. Mais je te rassure. Quand je dis vouloir « à tout prix » un enfant, on me pose aussi des questions chiantes. Plein de questions. Rends-toi compte, je veux des enfants mais n’en ai pas encore. On ne me lâche pas aussi là-dessus ! « Mais qu’est-ce que t’as foutu ? Demande toi pourquoi à 35 ans t’as pas d’enfants. Es-tu bien sûre que t’en veux ? Si t’en as pas c’est pas si grave tu sais, y a plein d’autres moyens de mener sa vie de femme ».

Et pourtant c’est con, la meilleure justification à donner, serait de ne pas avoir à se justifier, tu ne crois pas ?

J’ai parfois le fantasme de répondre, comme l’a fait le mec d’une copine de forum, un simple « qu’est-ce que ça peut te foutre ? » à toutes ces questions tellement personnelles.

Comme le dit cette lectrice, ma foi très sensée, en réaction à ton article, « il n’y a pas d’un côté les gens qui ont raison et de l’autre les idiots qui n’ont rien compris à la vie (chacun classant les « pro » ou « anti » enfants en fonction de son propre choix de vie), il y a juste du respect à avoir de part et d’autre ». Quand je lis qu’à ça, tu lui réponds qu’elle s’est sentie « attaquée pour rien »… c’est un peu gonflé, tu ne crois pas ? Ta position peu claire sur ce coup-là démontre que finalement, tu ne l’es pas tant que ça, claire. Quel est ton combat réel ? Les enfants ou les jugements des gens ? Je crois comprendre qu’il s’agit bien de la deuxième solution (quoique…), mais si tel est le cas, pourquoi en balancer plein la gueule des mères, ou dire qu’avoir un enfant va rendre un couple malheureux (ah pardon, j’avais oublié que c’était pour de rire…) ? Pourquoi ?

Tu as pourtant tout à fait le droit de ne pas aimer les enfants, comme tu le dis toi-même. Personne n’est obligé de les aimer, de les supporter, d’en vouloir. Ce n’est pas ça qui me gêne (au fond que quelqu’un n’aime pas les enfants, je m’en fous un peu. Et puis des gens qui n’aiment pas les enfants, même dans la catégorie childwith, c’est pas si original que ça), ce qui me dérange c’est que tu te fais la porte-parole d’une cause, en te faisant juge. A force, ton discours se biaise et ça devient troublant : que cherches-tu à prouver ? Qui veux-tu convaincre ? Tu donnerais presque le bâton pour te faire battre aux pro-child (ou pro-life, ou ce que tu veux), si je puis dire. Je sais ça fait chier, tu as bien le droit de penser ce que tu veux ! Sauf que les pro-child aussi du coup, et que ton discours sur la toile a un impact, il s’inscrit bien dans la défense d’une cause.

Magenta, tout ça est bizarre et compliqué. Je veux un enfant, mais je respecte ton choix. Tu ne veux pas d’enfant, mais tu ne fais que répéter que mon choix est merdique.

Imaginons un instant que je fasse un pastiche de ton blog, en postant plein d’articles stupides qui diraient qu’« un couple avec enfants serait plus heureux », que ne pas avoir d’enfant c’est anti-écologique, que j’espère que ton mec vivra longtemps pour faire durer vos ptits dèj’s en pyjama parce que perso j’ai perdu mon père jeune et ma mère étant malade et en fauteuil roulant, je ne vois pas qui s’occuperait d’elle à part moi et mes frères, que le couple c’est bien beau, mais qu’un mec ça meurt ou ça se barre avec une minette de 25 ans quand t’en as 50. Ahhhhhhh oui je sais, c’est pas joli joli ce que je dis là ! C’est petit, bas, minable. C’est horrible même, et débile. C’est nul. Ben tu sais quoi ? C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant ton blog et ses commentaires. Des arguments tout aussi subjectifs, arbitraires, absurdes, bêtes et méchants.

Je suis dure dans mes propos, je le sais. Mais sur ton blog tu n’es pas toujours tendre non plus. J’en veux pour preuve ton article (je ne vois d’ailleurs pas trop ce qu’il fout là, si ce n’est pour s’inscrire dans une habile démonstration que la maternité est horrible) sur la femme aux deux utérus. Mais quelle cruauté !!! Je ne reviendrai pas sur certains termes ultra-clichés, sur des poncifs débiles tels que « vache à lait », « poule écervelée » (bonjour la vision de la mère ! Je croyais que des trucs pareils étaient réservés aux pseudo-féministes des années 80) ou autres métaphores animales lues tout au long de ton blog, mais je mettrais plutôt l’accent sur le cynisme de tes propos : « J’espère vraiment qu’elle souhaitait avoir des enfants parce qu’un avortement, ça doit être assez désagréable, mais deux en même temps… ». Je ne vois pas trop ce qu’un tel postulat (!!!) vient foutre là, en quoi ça vient défendre la cause, ta cause. Non vraiment je ne vois pas. Quel rapport ? Est-ce que, quand on t’annonce une grossesse, gémellaire ou pas, tu dis « putain j’espère qu’elle veut de cet enfant la pauvre, parce qu’un avortement c’est pas marrant ! ». Quelle drôle de réflexion. Sans compter la slave des commentaires qui suivent ton article, tous aussi intelligents les uns que les autres.

Alors tu me répondras que tu postes ce que tu veux sur ton blog, que tu as le droit de penser ce que tu veux, que ce n’est pas à moi de te donner des leçons, moi la peut-être future horrible maman avilie par sa condition, mais je ne suis pas d’accord. A partir du moment où on parle de toi dans les médias, à partir du moment où tu présentes ton blog comme un manifeste, ta parole comme en portant d’autres, non, tu ne peux pas dire n’importe quoi, ou laisser dire n’importe quoi.

Une jeune femme dit que cette femme enceinte de deux bébés non jumeaux, c’est un cauchemar. Est-ce que je lui dis que sa vie est un cauchemar moi ? Non.

Tu vois Magenta, si j’étais childfree (j’en suis pas si loin finalement, pas sûre que j’ai des enfants un jour !), je crois que je ne voudrais pas que tu défendes ma cause, que tu sois mon porte-parole.

Tu te situes ‘anti’, très bien, tu as tout à fait le droit et c’est tout à fait respectable ! Mais à ce moment-là, situe toi comme tel jusqu’au bout, assume cette position, vas-y carrément ! Tu ne peux pas dire que d’un côté le modèle familial est horrible, puis répondre à une nana qui dit qu’elle a ou qu’elle veut des enfants « mais ne te sens pas attaquée » !

Dommage que tu te fasses plus royaliste que le roi, dommage que tu deviennes exactement comme ceux que tu critiques, comme ceux qui jugent ta vie. Je ne jugeais pas la tienne, je n’en pensais rien, je pensais surtout à ce que je voulais moi.

Par ailleurs, je trouve que tu sous-estimes vachement les femmes et leur libre-arbitre. Je déteste ce discours de victimisation, bien pratique finalement, qui dit que beaucoup de femmes font des enfants alors qu’elles n’en veulent pas, à cause de cette fameuse « pression sociale » (cf. article sur la déclaration d’Anémone). Attention, je ne dis pas que cette pression sociale n’existe pas, je suis bien placée pour savoir qu’elle existe, hélas, j’en fais les frais chaque jour. Mais enfin, une femme libre, en 2014, en occident, ayant accès facilement aux contraceptifs et à l’avortement, doit assumer ses choix, quels qu’ils soient. Il faut être un peu dur envers soi-même et envers les autres. L’être humain a toujours le choix, les femmes ont un libre-arbitre autant que les hommes, en occident. Alors oui, ça demande du courage, d’autant que c’est un choix qui implique souvent le partenaire, mais libre à chacune de faire les bons choix, de dire, comme tu l’as fait au début de ton histoire Magenta, au tout début d’une relation qu’on ne veut pas d’enfants, et que ça ne changera pas, que si l’autre en souhaite on ne veut pas le priver de ça parce que c’est trop important (je ne suis pas d’accord avec toi sur le fait qu’il en va de même de beaucoup de décisions de couples, déménager, vivre à la campagne, etc., non. Si tu ressentais un désir d’enfant tu saurais que ça devrait être quelque chose de non négociable. De la même manière que toi tu ne souhaites pas faire d’enfant pour faire plaisir à ton compagnon, y renoncer pour faire plaisir à l’autre est tout aussi terrible). Tu as eu le courage de faire ça Magenta. Libre à ton ami de partir ou de rester, quoi qu’il arrive. Il a aussi son libre-arbitre.

Je n’aime pas les gens qui se dédouanent (je ne parle pas de toi là Magenta hein, au moins toi tu assumes ton choix), qui justifient leur mal-être ou leur malheur par des causes extérieures, par un deus ex-machina qui tiendrait les fils du destin. C’est lâche, paresseux, irresponsable et bien pessimiste. Ça voudrait dire qu’on subit notre vie. Je ne vois pas les choses comme ça.

Je rêve d’avoir des enfants depuis toujours je crois. Je n’ai pas à me justifier pour ça. Mais pourtant, il est possible que je n’en ai jamais, parce que j’ai fait des choix qui m’ont menée là où j’en suis aujourd’hui, à bientôt 36 ans. Mais loin de moi l’idée de dire que c’est la faute des autres, d’une quelconque pression extérieure (« faut penser à avoir une situation avant de faire un enfant ») ! Peut-être que je n’en aurai jamais, et ce sera ma faute. Parce que c’est bien de ma vie qu’il s’agit, et qu’en femme libre, j’ai toujours fait des choix en connaissance de cause. Jamais un homme ne m’a menti, jamais un homme ne m’a fait poireauter en me disant qu’il voulait un enfant alors qu’il n’en voulait pas. A moi d’être ferme dans mon choix dès le départ. Exactement comme toi, dès le début de mon histoire (j’avais 33 ans donc pas le temps de traîner avec ça), j’ai dit à mon nouvel amoureux : « on est fous amoureux très bien mais voilà, sache que je veux des enfants, et ça ne changera pas. Donc je te le dis, tu le sais maintenant, si ça te va tant mieux, si ça ne te va pas dis le moi, et au moins tu es fixé, je ne te mentirai pas ».

Tu vois Magenta, c’est au fond pas si différent.

Je défends profondément ta cause, je suis la première à rembarrer les gens qui disent que ne pas vouloir d’enfant c’est anormal. J’imagine combien tu dois te sentir agressée chaque jour, par ton entourage, par les médias, par l’« alibi de la mère » comme j’appelle ça. Je le suis moi aussi, mais sans doute un peu moins, puisque je veux un enfant. Cf. mon article sur ce blog « Le supplice de Tantale ». Pour autant, j’ai énormément réfléchi à la question de la maternité. Je me suis intéressée de près aux théories de Badinter, Beauvoir, Houston, et d’autres. Mes lectures, recherches et réflexions m’ont permis d’être certaine d’une seule chose : vouloir ou ne pas vouloir un enfant est une décision personnelle, qui s’inscrit malgré tout et bien malgré soi dans la société, et en cela ça devient un « objet » social, comme tu le dis si bien (et je te rejoins là-dessus). Mais on peut se défendre dans le respect de l’autre, toujours. Envers et contre tout.

Merci de m’avoir lue (si tu es arrivée jusqu’au bout de cette longue palabre), et bon courage pour ton combat.

2 réflexions sur “Lettre à une « childfree », Magenta Baribeau

  1. Pomdepin dit :

    Je ne connais pas son blog, et je n’ai pas envie, après avoir lu ton article. Ça m’a fait penser à une polémique sortie ici l’année dernière. Une docteure en histoire, qui fait de super programmes sur la BBC a expliqué qu’elle ne voulait pas d’enfants, en gros, parceque elle, elle avait un cerveau! Merci pour les autres. J’ai cinq enfants, et un cerveau qui marche bien aussi, je n’ai peut été pas d’émission sur la BBC, mais comme on a fait remarqué à cette brillante universitaire heureusement pour elle que sa mère n’a pas suivi le même raisonnement.

    • Birdy dit :

      Oui Pomdepin… C’est bien dommage.
      Tout ça montre que la question de la maternité reste quelque chose de bien compliqué et de tellement trouble…
      Comme l’a si justement dit une personne lue sur un site internet (j’avais noté la phrase car l’avais trouvée très juste) : « la vérité, c’est que les positions de l’un et de l’autre ne sont pas rationnelles et que donc on évolue dans des sphères émotionnelles et hautement sensibles, ce qui rend la situation très volatile et donc dangereuse ».
      Dommage que, quand on est sans enfants, il faille se justifier, mais dommage aussi que, quand on est mère de 5 enfants, il faille aussi se justifier.

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