Le supplice de Tantale

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Vous connaissez le mythe de Tantale ? Ce pauvre gars qui, puni par les Dieux, s’est vu attaché à un arbre pour l’éternité, à proximité de l’eau et des fruits qui lui étaient retirés dès qu’il s’en approchait, affamé et assoiffé pour toujours…

Je ne sais pas vous mais moi, parfois, je me sens comme ce pauvre bougre. Bon j’exagère peut-être un peu : il ne s’agit pas d’une faim ou d’une soif torturant mes entrailles pour l’éternité, sans que je ne puisse m’arrêter d’y penser (quoique). Mais quand vous voulez quelque chose plus que tout au monde, qu’autour de vous les gens ont cette chose que vous n’avez pas, et que ça s’étale sous votre nez, c’est un supplice. Croyez-moi.

Ça commence dès le matin : vous venez de vous lever, l’œil collé et le mug de café à la main, vous allumez votre joli petit ordinateur, et comme des millions (milliards ?) de gens dans le monde, vous ouvrez « votre » Facebook. Et là c’est le drame : des photos de bébés de vos « amis » en long en large et en travers, des photos de femmes enceintes, exhibant avec fierté leur gros ventre, des statuts avec annonces de grossesse, annonces d’accouchement, annonces de la première dent, annonces du premier anniversaire, mots d’amour au rejeton « tu as 5 ans aujourd’hui mon bébé, 5 ans que tu fais mon bonheur mon bibou d’amour », annonces des premiers mots, pages « likées » spécial jeunes parents, vidéos de bébés massés dans un lavabo… Ça ne s’arrête pas. Vous êtes bien en enfer, et les Dieux sont vaches. Dès le matin, bam ! Un geste aussi anodin qu’ouvrir sa page Facebook vous rappelle combien vous n’avez pas ce que vous aimeriez avoir. Et à moins d’avoir trois amis ou de bloquer vos potes parents dans votre fil d’actu, c’est dur de passer à côté.

Le pire c’est quand vous avez inévitablement consulté des sites orientés maternité, de près ou de loin, et que s’affichent dans vos pages des pubs spéciales future ou jeune maman. Et là, juste sous votre nez, s’agite un petit démon une petite animation objet de votre obsession. Vous n’êtes qu’à un clic pourtant ! Comment se peut-il que vous n’ayez toujours pas cliqué dessus ? A 35 ans ! Allez… ça viendra. C’est ce qu’ils disent tous.

Ensuite l’enfer continue : au travail, encore une collègue qui vous annonce, le ventre légèrement rebondi, que bientôt elle sera en congé mat’. Pfiou. Non seulement vous rêvez d’avoir un congé, mais en avoir un pour ça, alors là c’est juste le rêve. Un jour ce sera votre tour, vous vous en faites la promesse. Attendez qu’ils vous détachent de ce maudit tronc d’arbre…

Mais le pire est à venir : votre entourage. Sartre vous avait pourtant prévenue, l’enfer c’est les autres, et vous comprenez alors pourquoi il n’a pas voulu d’enfants. Les autres. La famille, les copains. Ceux qui font des bébés pendant que vous vous contentez de mater Babyboom sur NT1 ou de lire des forums. Et hop ! Encore une annonce ! Ça arrive de tous les côtés : votre frère, vos cousins, vos copines. Même celles qui vous répétaient encore y a pas si longtemps, l’air sûres d’elles que « ah non un enfant je sais pas franchement, pas avant longtemps c’est sûr et encore je sais pas »… même celles-là s’agitent sous votre nez pendant que vous êtes ficelée à votre putain d’arbre.

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Le supplice de Tantale c’est une amie qui vous annonce qu’elle est enceinte, c’est un rendez-vous au café avec le gros ventre d’une copine, c’est la photo postée sur un réseau social. Vous choisissez des cadeaux pour ces enfants qui naissent. Malgré tout, vous êtes sincèrement heureux pour vos proches. Ah quel paradoxe ! Et quel supplice que celui qui ne vous autorise pas à envier l’autre !

Vous êtes là, à agiter vos bras, tendus vers tous ces bébés et ces ventres ronds. Mais vous êtes encore attachée à votre putain de tronc d’arbre. Y a rien à faire, vous les effleurez du bout de vos doigts ces ventres ronds, mais pour l’instant les Dieux ne veulent vous accorder leur clémence. Bordel mais qu’avez-vous fait pour mériter ça ? C’est de votre faute aussi, pourquoi avoir tant attendu ? Vous êtes sans doute punie pour ça… Oui, ça doit être ça. Les Dieux n’aiment pas celles qui sont un peu plus longues à la détente.

Vous pensez qu’un jour, vous serez peut-être le supplice d’une autre. C’est horrible mais cette pensée vous rassure. Oui. Un jour on vous regardera avec envie, on admirera la photo de votre poupon, on « likera » un putain de statut avec le mot « enceinte », « bébé » ou « naissance » dedans. Faut croire encore un peu au paradis, mais votre âme n’est pas perdue à ce point là quand même.

Oui il y a beaucoup de « putains » dans ce billet, mais c’est que ça fait du bien parfois. Puis c’est un putain de supplice, faut le dire…

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