Le jour de mon accouchement

052902-002_1318114_32_200

 

 

 

 

Dimanche 2 novembre. Matin. Je suis contente, la semaine parisienne de mon homme touche à sa fin (je suis à Bruxelles pendant qu’il est à Paris pour le boulot, pile pour la DPA c’est malin, j’vous dis pas comment j’ai serré les fesses…). Bien sûr nous nous étions organisés pour qu’en cas d’urgence le futur papa puisse remonter fissa, soit par un coup de Thalys en journée, hyper rapide, soit en voiture en soirée/nuit (même si imaginer mon homme en pleine nuit prendre le volant pour la naissance de son fils ne me plaisait pas trop…). Une amie a dormi à la maison toute la semaine, histoire que je ne reste pas seule. Ce dimanche matin donc, je dis à ma copine que c’est la troisième nuit qu’une contraction assez forte et longue, me réveille. Rien qui ne laisse présager un accouchement imminent mais quand même, je sens que je commence à lâcher prise, à desserrer les fesses. Et une intuition me fait envoyer dès ce dimanche matin un texto à mon cher et tendre : « ce serait bien que tu rentres ce soir ». Eh oui car, le papa ne voyant toujours rien venir, épuisé par une semaine parisienne intense, s’était demandé s’il ne rentrerait finalement pas le lundi matin, après une bonne nuit de sommeil, plutôt que le dimanche soir tard sous la pluie battante. Mmmmm. Non mon amour, je crois que ce serait VRAIMENT bien que tu prévois de rentrer CE soir. Mais je ne pensais pas encore que…

Dimanche 16h : ma copine rentre chez elle. Ouf ! Elle n’aura pas eu à m’amener à la maternité en urgence, on a tenu bon ! Avant de partir, elle fait quelques photos souvenirs de moi. Mon gros ventre tendu à bloc, je ris et lui dis que, qui sait, ce sont peut-être les dernières photos de moi enceinte ! Une copine devait passer en fin d’après-midi pour boire un petit coup en terrasse, en bas de la maison (oui il fait particulièrement doux en ce début de mois de novembre 2014). J’annule. Je lui dis que je me sens patraque et que je vais m’allonger un peu. Ce que je fais.

Dimanche 18h : session Skype avec mon amie adorée A., qui vit à Londres. On papote on papote on papote… l’heure tourne. Pendant la discussion, quelques contractions me remuent un peu. C’est inconfortable mais pas insupportable. On continue à papoter. Vers 19h30 (oui nous avions beaucoup de choses à nous dire), je dis à mon amie, toujours sur Skype, que ça contracte pas mal là, que je vais la laisser pour m’allonger et me reposer un peu.

19h30, 20h30, 21h30… L’heure tourne, j’ai mal au ventre. Je fais alors, en bonne élève, ce qu’on m’a conseillé : je prends du Spasfon, une fois, deux fois. Ça ne passe pas. Je décide ensuite de prendre un bon bain. Ça soulage quelques minutes mais rien à faire, les contractions sont toujours là. Quoi faire ? J’hésite. C’est terrible, je suis toute seule, je ne sais pas trop quoi faire, je me fais les questions-réponses. Les contractions sont bien là mais pas encore franchement douloureuses, même si de plus en plus gênantes.

IMGP2421

 

 

 

 

 

 

 

 

J’essaie de mater un truc sur l’ordi pour me changer les idées. Ça ne passe pas. Je commence à regarder l’heure. J’ai une contraction toutes les 10 mn, au moins. Entre-temps j’ai appelé mon homme, qui de la panique est passé à la décision de bien rentrer CE soir (ah c’est pour maintenant alors ??? Ben j’sais pas, mais je te dis de venir ce soir, vaut mieux). 21h37 : il m’envoie un texto : « je pars maintenant ». À ce moment là je suis devant mon bureau, en train de me dire « je vais à la maternité », « non je vais l’attendre, il sera là dans un peu plus de 3h », « non en fait vaut mieux que j’aille à la maternité », « qu’est-ce que je fais j’appelle un taxi, ou des amis ? », « non en fait je vais appeler un taxi », « bon je vais quand même envoyer un message à ma pote, au cas où »…

22h30 : j’ai donc appelé un taxi. Il sera en bas dans 5mn. J’attrape quelques dernières petites affaires, et hop, je prends le petit sac que j’avais préparé pour la salle d’accouchement, et me voilà partie avec mon sac et mon gros ventre sous la pluie, pour rejoindre mon taxi en bas de la maison. Pendant le trajet je discute avec le chauffeur. Aïe, je commence à souffler pendant les quelques contractions qui ponctuent notre discussion. Le chauffeur fait une blague sur les pavés de Bruxelles qui nous secouent dans tous les sens. Aïe. Un jour, un passager médecin lui a dit que d’être secoué comme ça faisait accoucher les femmes plus vite. Je le crois.

kristin-davis-baby-bump

 

 

 

 

 

 

 

 

23h : j’arrive à l’hôpital. Je monte directement en salle d’accouchement, comme ils nous avaient dit de faire le jour J. L’hôpital est désert ce soir. Le type a l’accueil sourit en me voyant, me demande si une personne va venir me rejoindre. Oui oui. Et plutôt deux qu’une puisque ma copine qui habite tout près de l’hôpital a proposé de venir le temps que mon homme soit là.

23h et des poussières, une sage-femme m’accueille. Elle me demande de faire pipi dans un récipient. J’ai alors une grosse contraction, qui commence à faire bien mal. Elle m’examine : bébé a (encore !) la tête devant le col. Impossible pour elle de savoir si le col est ouvert ou pas. Ce qui est sûr c’est qu’il est encore postérieur et long. Arf. Elle me dit qu’on va changer de salle, qu’elle va me mettre un monitoring et qu’un gynéco va venir m’examiner. Me voilà en salle d’accouchement, les électrodes sur le ventre. Les contractions s’intensifient en nombre et en douleur. C’est encore supportable mais bon, j’ai chaud quoi. Ma copine arrive. Ouf. Elle a accouché dans le même hôpital un an plus tôt. Elle SAIT donc. Au début tout va bien, on papote entre chaque contraction et puis…

23h30 : le monitoring n’est pas bon. Mon petit gars fait de grosses décélérations cardiaques = il manque d’oxygène. La sage-femme revient me dire, mi-inquiète mi-rassurante, que j’ai bien fait de venir maintenant, que même si faux travail, avec un monitoring comme ça on ne me laisse pas repartir. Gloups. What does it mean ? Elle m’explique alors qu’il vaut mieux que je reste allongée pour l’instant. Sur le côté droit. Puis sur le côté gauche quand ça ne va plus sur le côté droit. Car le cœur de mon bouchon fait des hauts et des bas, selon ma position. « Il nous fait des bêtises ». Ajoutez à cela un conflit semble-t-il entre la tête de mon bébé qui pousse sur le col, et le col qui résiste, trop ferme et encore pas assez ouvert. J’vous dis pas comment j’ai douillé.

132142971_7c7fa7a0a0

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre temps, pose de la perf + une espèce de pince au bout du doigt que j’aurai souvent envie de balancer dans les heures qui suivront… Me voilà donc allongée sur le côté, à devoir encaisser les contractions de plus en plus fortes sans pouvoir changer de position. C’est balot, moi qui avais espérer pouvoir tester leur super baignoire, marcher, me mettre sur le ballon, me rouler par terre ou faire le poirier si ça pouvait me soulager… Ben là j’étais clouée au lit, avec des fils partout, sans trop avoir le choix de tester les positions qui pourraient si ce n’est me soulager, en tout cas m’aider à me sentir un peu mieux. Heureusement mon amie était là.

23h35, le gynéco vient m’examiner. Pour lui pas de souci, il sent bien l’ouverture du col. J’espère, je prie ! qu’il me dise que je suis ouverte à 5 allez hop, mais non. Je suis en tout début de travail, ouverte à 1. Arf arf arf. Merde alors, parce que là c’est plus drôle du tout, j’ai mal. Je commence à me sentir mal. Ça ne va pas du tout. J’ai chaud, j’ai froid. J’ai mal au cœur. À combien ils posent la péri déjà ? 3 cm ? Non, on attend 4 ou 5 si possible, car si posée trop tôt travail moins efficace. Ah merde, je croyais que c’était 3 !!! Bon. Je ne vais jamais tenir. Les minutes défilent alors à la fois longuement et rapidement. Je vois l’heure sur une grosse pendule digitale, heureusement car je n’ai plus aucune notion du temps. J’ai à la fois l’impression d’être là depuis des heures et que ça fait 5mn. Je n’arrive plus à discuter avec ma copine entre les contractions. Entre temps quelques sages-femmes défilent. Celle qui m’a prise en charge depuis le début bien sûr, revient régulièrement avec une ou deux autres. Ce souvenir est un peu brumeux, mais l’état second dans lequel je suis me laisse quand même comprendre qu’un coup ça va, le cœur de mon bébé ne nous a pas fait de frayeur depuis un moment, un coup ça ne va pas. Je vois alors plusieurs sages-femmes venir vérifier ma position, vérifier si le monito est toujours bien « accroché ». Le pire est toujours de voir l’inquiétude sur leurs visages, et surtout leur incompréhension. « Vos échographies étaient bonnes ? », heu… oui, très bonnes, merde, pourquoi ?

Ajoutez à ce stress montant de l’équipe et de moi-même des contractions ATROCES, horribles, affreuses, insoutenables, et vous aurez une idée de ce que j’aurais envie de vous répondre si vous me demandez si mon accouchement s’est bien passé. Les heures défilent maintenant. Minuit et demi, 1h du mat’, et chéri toujours pas là (il est sur la route, sous la pluie battante et des rafales de vent pendant que sa femme accouche… comme dans les films quoi).

How-I-Met-Your-Mother-02x17-e1311685704241

 

 

 

 

Il n’est plus question de discuter avec mon amie, toujours courageusement présente à mes côtés, qui joue les coachs de supportage de contractions. Elle regarde le monito et me prévient quand une contraction arrive et surtout quand elle voit que le plus dur est passé, et que ça va redescendre.

Je suis un animal. Les « putain j’ai mal » (oui quand j’ai très mal je suis très malpolie) ont laissé place à des gémissements d’animal. Je tremble, je vomis. J’ai chaud mais froid aux pieds. Je voudrais pouvoir bouger, pouvoir saisir une barre et tirer fort dessus quand ça contracte. Mais je suis coincée comme ça, sur le côté, avec en plus le stress de voir de temps en temps le comptage des pulsations cardiaques de mon bébé chuter. Ça remonte à chaque fois mais bon. J’ai mal et j’ai peur.

1h30 du matin. Mon homme arrive enfin. Le pauvre, je le vois débarquer alors que je suis en pleine contraction. Il va pas être déçu ! Effectivement il me dira après avoir été hyper impressionné. Je suis livide, je gémis comme une bête agonisante, je tremble, et y a du monde autour de moi. Mon amie s’en va du coup, lui passe le relais. J’ai dû trouver la force de la remercier d’avoir été fabuleusement là, mais je ne m’en souviens plus.

200J-156-17A TEEN BABY

On nous laisse tranquilles encore quelques heures. C’est long, c’est insupportable. Je me tords de douleur, je tremble, j’ai envie de vomir. Encore. Je gueule. Je ne comprends pas pourquoi je gueule déjà autant alors que je suis soi-disant en début de travail. Mais qu’est-ce que ça va être dans les heures à venir alors ??? C’est déjà de plus en plus intense, de plus en plus insoutenable. Chaque contraction m’engloutit comme une vague, je suis laminée. J’ai l’impression que je ne vais pas tenir à la prochaine, que je vais mourir ou au moins tourner de l’œil. Mais non cette foutue nature est bien faite, et je ne m’évanouis pas, alors que je sens que tout mon corps n’a jamais vécu un truc pareil, et qu’en temps normal je devrais crever c’est pas possible autrement.

Je pense à ma mère, à mes aïeules qui ont dû subir ça, et plusieurs fois s’il vous plait, sans la perspective de la péridurale pour les soulager à un moment donné.

im_al_03

 

 

 

 

 

 

 

 

2h30 du matin. J’ai de moins en moins de répit entre les contractions, elles sont maintenant très rapprochées. C’est horrible, je ne tiens plus. Je vais mourir. J’ai mal j’ai mal j’ai mal. Mon homme ne sait pas quoi faire pour me soulager. J’ai l’impression que tout ce qu’on a appris en préparation à l’accouchement ou ce que j’ai pu lire ici et là, vole en éclat. Une sage-femme me dit de visualiser une bougie, et que je dois souffler doucement et longuement sur cette bougie pour finir par l’éteindre. Impossible, je n’arrive plus à souffler, j’ai juste envie de gueuler (et de lui dire que sa bougie elle peut se la mettre dans le cul). Et encore j’essaie de me retenir. Je serais seule chez moi je HURLERAIS. J’ai envie que mon homme me masse le bas du dos, mais dès qu’il me touche ça me semble insupportable. J’ai soif mais je ne veux rien avaler. Je m’agrippe désespérément, comme un naufragé essayant de s’accrocher à la coque du bateau, à la barre qui soutient ma perf’. C’est pas bien solide, mais je la serre de toutes mes forces, rêvant d’un truc bien costaud sur lequel je pourrais tirer à l’en décrocher du mur.

Je crois qu’alors on m’a annoncé, je ne sais plus bien vers quelle heure, que je suis dilatée à 2 ou 3. Je fais le calcul, il me reste 8 cm. Je sais que les derniers sont les plus rapides, qu’après ça va très vite mais quand même. Je ne vais jamais tenir. C’est trop long, trop intense. Je suis énervée de ne pas réussir à gérer la douleur comme j’avais cru en être capable, de ne pas parvenir à mettre en pratique les trucs appris avec ma super sage-femme en prépa… Moi qui hésitais sur la péridurale, là je ne pensais qu’à ça (et toujours à mes aïeules qui, elles, n’avaient pas cette option là) : quand est-ce qu’on va enfin me soulager ???

bones accoucher

 

 

 

 

3h30 du matin. La sage-femme m’examine. Dans un état second il me semble l’entendre dire qu’elle peut mettre 3 doigts dans l’ouverture du col, que du coup ils ne vont pas tarder à me poser la péri car j’ai vraiment l’air de trop souffrir. L’anesthésiste ne devrait plus tarder, ils terminent un accouchement. Ouf. Je ne suis à ce stade plus tellement capable de discuter, en tout cas dignement, je ne suis qu’une chose trempée dans sa chemise d’hôpital, hagarde, la bouche ouverte entre les contractions essayant de trouver un peu de repos (car je rappelle qu’on est quand même en pleine nuit, et que quand les contractions m’en laissent l’occasion, je sens que je pourrais tomber de sommeil, d’épuisement). Je suis une chose aussi très concentrée, pour pouvoir supporter encore et encore ces contractions puissantes comme les vagues d’un raz-de-marée. Je laisse l’équipe décider ce qu’elle veut, je ne suis plus apte à décider quoique ce soit, je fais confiance et m’abandonne. Moi je m’occupe de tenir bon, de supporter cette douleur. C’est tout ce que je peux faire pour le moment. Et puis je suis soulagée de savoir que bientôt je vais pouvoir supporter les contractions, et tout le reste du chemin encore visiblement long qui doit m’amener à tenir mon bébé dans mes bras.

Depuis un moment bébé n’a pas « refait de bêtises ». Il semble aller bien. On décide donc de me poser la péri dès que possible et de continuer à laisser faire les choses.

4h du matin. Je suis à 4 cm. L’anesthésiste arrive enfin et c’est à partir de là que rien ne va plus, si j’puis dire. Au paroxysme des douleurs, on me fait asseoir. L’idée d’être soulagée dans les minutes à venir me donne les dernières forces pour tenir en position assise, alors que j’ai tout sauf envie d’être assise. Encore plus quand la sage-femme dit que ça risque d’être inconfortable, car la tête du bébé va appuyer sur mon col. L’anesthésiste prépare son matos. Mon cher et tendre, courageux et peu impressionné par les grosses aiguilles, décide de rester. Mais c’est la sage-femme qui se met face à moi, pendant que je vais être piquée, pour m’aider et me maintenir dans la bonne position. Merde, pendant qu’on me trifouille là dans le dos, j’ai une méga contraction qui se pointe. La sage-femme me dit de ne surtout pas bouger, évidemment, et m’offre sa blouse à tirer et serrer dans mes mains, pour supporter la douleur. La pauvre, je l’ai littéralement chopée par les côtés de sa blouse, et j’ai serré serré…  la tête enfouie dans son cou. Si ça se trouve elle ne pouvait plus respirer… La péri est donc posée, j’ai une sensation de chaud dans le bas ventre mais surtout d’un côté. Je sens que ça commence déjà à me soulager un peu, mais je ne me sens pas bien du tout. L’effort de rester assise un moment et de supporter deux contractions sans pouvoir bouger d’un iota m’a coûté. Je suis éreintée. Je vomis encore. Et puis on dirait que j’ai une zone qui reste douloureuse, qui chauffe depuis que la péridurale est posée. Comme si on m’enfonçait un truc chaud de part et d’autre du corps, du rein à l’aine. C’est bizarre, je le dis à l’anesthésiste qui baragouine quelque chose mais je ne comprends pas. D’ailleurs je la trouve bizarre cette anesthésiste. Pendant qu’elle préparait son bordel et me piquait elle était lancée dans une espèce de logorrhée, sans doute destinée à la sage-femme qui nous assistait, mais celle-ci ne répondait rien, du coup ça donnait un monologue assez absurde, dans le contexte. Bref.

À ce moment là mon homme est sorti pour aller acheter à boire, pensant que comme j’allais être soulagée, on avait pas mal d’heures devant nous, plus tranquilles. À peine était-il sorti que c’est le branle-bas de combat. On dirait que toute l’équipe présente cette nuit là s’est réunie dans la pièce. Je n’étais pas dans la capacité de compter mais ils étaient au moins 5 ou 6. Des sages-femmes, le gynéco qui m’avait examinée, l’anesthésiste. Ils allument toutes les lumières. Soudain la pièce est baignée d’une lumière chirurgicale. Je n’aime pas ça, je comprends que ce n’est pas bon signe. On dirait que c’est la panique. Je vois bien que, depuis de longues secondes le cœur de mon bébé stagne aux environs de 50 et ne remonte pas. Malgré les douleurs et le malaise mon œil n’avait que peu quitté l’écran du monitoring, à partir du moment où j’avais constaté cette nouvelle décélération.

heureux-evenement-teaser-mp4_43dnf_1qqefh

 

 

 

 

 

Trop longue décélération. Le gynéco regarde un autre poste monito qui enregistre l’activité cérébrale du bébé (on lui a posé des électrodes sur la tête, ce qui fait que j’ai un nouveau fil qui pendouille quelque part, je vous laisse deviner où…). On me pose un masque à oxygène. On m’asperge un produit dans la bouche. On me donne des directives : côté gauche, jambe droite sur l’étrier. Côté droit, jambe gauche sur l’étrier. On s’affaire entre mes jambes, on me regarde, on me tâte le ventre. J’ai toujours le masque, je ne peux pas tellement m’exprimer, mais de toute façon tout le monde est plutôt occupé à essayer de comprendre ce qui se passe.

« À quatre pattes. Mettez-vous à quatre pattes ». Je m’exécute le plus rapidement que je puisse. Je comprends qu’il faut que je fasse bien tout ce qu’on me demande, pour mon bébé. Me voilà donc à quatre pattes, le cul en pleine lumière face à 6 ou 7 personnes (j’ai quand même eu une fraction de secondes pour penser qu’en plus j’avais des boutons d’acné sur le derrière, dus à ma grossesse… hum), le masque à oxygène sur la tronche, le fil de l’électrode sortant du vagin, mon gros ventre sous moi. C’est dans cette superbe position que mes amies les sages-femmes me tâtent le ventre, en répétant  » y a une contracture là » (heu… c’est comme ça qu’on dit en Belgique ?). J’ai soudain l’image très… vétérinaire d’une vache sur le point de mettre bas, le véto enfilant derrière son gros derrière une paire de gants…

3a720909e928eaa1be82878e5dc35aaa

 

 

 

 

 

 

 

 

La sage-femme me perce la poche des eaux. Elle répète que le liquide est clair. Je sais que ça c’est bien. Mais je sais aussi qu’ils sont tous perplexes, autour de mon derrière ainsi offert en pâture (la vache, toujours…) dans cette lumière crue, ne comprenant ce qui se passe.

Je me demande pourquoi mon homme n’est pas là. Je suis contente qu’il n’assiste pas à ce spectacle, mais je me dis aussi que peut-être ils lui ont demandé de rester dehors, et ça m’inquiète. En fait non, mon homme avait juste galéré à retrouver son chemin : il sonnait depuis 5mn à la mauvaise porte. Ouf. Peut-être qu’un jour on pourra donc récupérer une vie sexuelle, ce qui eût été moins évident s’il avait vu la bête que j’étais devenue.

Il revient donc. Et débarque dans ce branle-bas de combat et cette inquiétude générale, dans ce nouveau décor façon salle d’op’. Heureusement, entre temps on a glissé un gros coussin sous mes fesses et m’y a fait asseoir. Mon buste est calé sur une espèce de pouf carré. Je suis toujours dans la même position sur le lit, dos à tout le monde et à mon homme donc. Mais j’ai déjà moins mal et l’oxygène me permet de garder des forces. J’ai l’impression d’être dans un tourbillon. Tout est confus, brumeux, rapide, bizarre. Je suis à la fois consciente de tout, bien présente, et complètement ailleurs, à l’ouest, à la fois inquiète pour mon bébé, comprenant que quelque chose ne va pas, et soulagée d’avoir moins mal, de pouvoir être au moins dans une autre position. Et puis mon amoureux est à nouveau là, même si je suis incapable de lui parler ou de demander quoique ce soit. Je suis juste épuisée, je me sens comme une baleine qui, après avoir lutté des heures pour s’en sortir, finit échouée sur une plage et s’en trouve finalement soulagée.

baleine-echouage-3556370rwayu_1713

 

 

 

 

 

On m’aide à me retourner. Cette fois on essaie sur le dos. Rien à faire, le cœur de notre bébé bat toujours trop doucement. Il est en « SFA » = souffrance fœtale aiguë, comme je l’apprendrai plus tard en lisant le compte-rendu de l’accouchement. Là, tout est allé très très vite. Le gynéco nous annonce qu’ils vont devoir pratiquer une césarienne. Je dis ok oui oui bien sûr, tout ce qu’il vous faudra. À ce moment là je ne réalise plus grand chose. On me transbahute sur un brancard. Je ne sens plus mes jambes donc c’est assez épique de passer d’un lit à un autre. Et hop direction la salle d’opération. Ils sont hyper speed. Je suis dans un état second mais je vois bien qu’ils font au plus vite. Comme dans Urgences. Ils balancent les fringues de bloc au futur papa, qui ne sait même pas s’il doit les enfiler par dessus ses vêtements ou se déshabiller.

Et voilà. On y est. Rideau. Préparation. Incision. Je crie, j’ai mal, je sens la douleur de l’incision à droite. « Je sens tout ! Je sens tout ! ». L’anesthésiste me baragouine à nouveau un truc et encore une fois je ne comprends rien. C’est peut-être elle ou moi ou les deux, mais peu importe, ça va déjà mieux. Je n’ai plus mal mais je sens le trifouillage là bas en bas. J’ai peur, une dame sortie de nulle part, qu’il ne me semblait pas avoir vue avant (ok bon, y aurait pu avoir Brad Pitt à côté que je ne l’aurais pas vu non plus…) est assise juste à côté de moi. On dirait un ange. Elle capte mon regard, et comme je suis inquiète elle me parle. Je ne comprends pas tout, elle a un masque sur la bouche en plus, et tout va très vite, mais son regard est hypnotique. J’ai dû la regarder tel un enfant perdu à qui on dit qu’on va retrouver sa maman. Je ne l’ai pas lâchée des yeux. Elle avait l’air si gentille !

salle-d-op-3459-500

 

 

 

 

 

 

 

 

Ça remue mon bas ventre dans tous les sens. Je suis presque secouée ! Et en 2mn, le voilà sorti. Il est 4h20 ce lundi 3 novembre. Je suis inquiète. J’entends « tout va bien » mais ne l’entends pas immédiatement pleurer. Je répète « il va bien ? il va bien ? ». Il pleure. Ouf. Mon bébé est là, vivant, il va bien. Hélas, et je le regretterai toute ma vie, ils ne me l’ont pas montré tout de suite. Ils ont appelé le papa pour faire du peau à peau, une fois que la pédiatre se fut assurée qu’il allait bien. S’en sont suivies de longues minutes de couture. Je ne pensais pas que ce serait si long. On vous sort le bébé en 2 secondes mais refermer vos chairs prend bien plus de temps. Ils m’ont amené notre bébé au bout de quelques minutes. J’étais complètement stone, mais je me souviens avoir vu son visage en gros plan, un poupon tout rose. Il dormait déjà, l’air apaisé. Je l’ai trouvé magnifique, parfait. Et puis il a fallu continuer à me recoudre. Une heure en tout ! Pendant ce temps là bébé et papa continuaient le peau à peau. On me dit qu’il pèse 3,090 kg, je suis tellement high que je comprends qu’il pèse 3,900 kg. Je dis « oh c’est un beau bébé alors ! ».

Ma petite sage-femme vient me voir, et m’explique qu’on a eu chaud. Bébé avait le cordon qui faisait deux tours autour de la cheville gauche. Ceci expliquant (entre autres) cela : pendant les contractions, notre petit père se tendait lui aussi et devait tirer sur le cordon, tout bêtement. Je ne rentrerais pas dans les détails de mon rapport d’accouchement, mais en gros on a eu très très chaud, et la sage-femme m’a répété plusieurs fois que j’avais assuré de venir si tôt, en tout début de travail, que quelques heures plus tard et c’était foutu, que j’avais eu une très bonne intuition (le 6ème sens maternel ?). Bof, j’ai répondu que j’avais surtout sagement appliqué ce qu’on m’avait appris, une contraction toutes les 5mn, etc. N’empêche, cette idée qu’on est pas passé loin d’un drame me tourmente encore.

C’est fini. Enfin. On respire. On me transvase sur un lit. On est restés ensuite un peu plus de 2h tous les trois, en observation, dans une chambre. Là j’ai une espèce de black out. Une sage-femme nous a pris en photo, tous les trois, je souris même ! Bon j’ai la tronche de quelqu’un sur qui 3 TGV seraient passés, mais je souris. Et pourtant je ne me rappelle pas de cette prise de vue. Ou tellement vaguement que si mon cher et tendre ne m’avait montré ces photos souvenirs, jamais je ne m’en serais souvenue.

Voilà le récit de mon accouchement… qui ne s’est pas passé comme prévu (si tant est qu’on puisse « prévoir » comment va se passer un accouchement… c’est un peu con ce que je dis) mais faut ce qui faut hein. Je ne remercierai jamais assez toute l’équipe qui a sauvé la vie de mon bébé cette nuit là.

À suivre dans le prochain épisode, eh oui parce qu’une fois que le bébé est sorti c’est pas fini, les suites de couche youpiiii !!!! On ne vous a pas prévenue ?

images

 

 

 

 

6 réflexions sur “Le jour de mon accouchement

  1. lacafouine dit :

    Ouh que de stress! Tu décris bien le tourbillon… Heureusement que ton bébé va bien. T’as l’air d’avoir plutôt bien digéré l’ensemble? Je dois être une chochotte, j’ai l’impression qu’une césarienne m’aurait traumatisée – A part ça j’adore le choix des photos! Et celle de la vignette qui m’a bien fait marrer prend tout son sens à la lecture 🙂

    • Birdy dit :

      Merci Lacafouine !!! J’ai ajouté un truc important à la fin de mon récit, pour expliquer (entre autres) la « souffrance foetale » de mon bouchon. Me demande comment j’ai pu l’oublier !
      Chochotte toi ??? J’ai lu ton récit aussi (que j’ai adoré, j’ai beaucoup ri et me suis reconnu avec les histoires de gros burgers…) et il me semble que tu l’as fait sans péri. Franchement, je crois que je serais morte. CHA-PEAU !
      Merci pour ton petit commentaire en tout cas ! 😉

      • lacafouine dit :

        ah oui je viens de voir, oui en effet t’as assuré d’y aller tôt! avec le recul je me dis que j’ai peut-être été un peu inconsciente d’attendre mon mec aussi longtemps, heureusement tout allait bien mais si y avait eu un problème ça aurait craint! oui j’ai pu sans péri mais ça a été relativement rapide, et puis sur le moment je ne faisais pas la fière du tout!

  2. Stellazf dit :

    Et Bein dis donc ! Whaouu quelle aventure ! L’histoire se termine bien et c’est l’essentiel.
    En tous cas tu m’as bien fait rire et ca me rappelle certaines histoires de copines.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *