Desperate housewife ? Mona Chollet ou le complexe de la libre-penseuse.

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Il y a quelques mois, je suis tombée sur cet article : http://rue89.nouvelobs.com/2015/05/12/mimi-thorisson-lhypnose-bonheur-familial-259145.
L’article, extrait d’un essai, était relayé par le magazine féministe Causette. J’avais alors écrit ce billet, mais sans bien le finir et donc, sans le poster. Ce matin, Causette remet le couvert avec une interview de Mona Chollet, à propos de son ouvrage Chez soi, duquel était extrait le passage en question (pardon pour cette phrase un peu moche, qui me rappelle les introductions laborieuses de mes dissertations de lycée. Bref). Je me suis donc décidée à boucler et poster mon point de vue.

En publiant ce texte, Causette, et bien d’autres médias, ont présenté son auteur(e), Mona Chollet, comme journaliste et essayiste. C’est là que ça me dérange. Pas à première vue non, rien d’anormal à présenter un auteur, à dire ce qu’il fait et qui il est, mais ça m’a dérangée par la suite, en lisant ce que cette intellectuelle avait donc si brillamment écrit qu’elle en faisait le buzz sur Internet. Quelle ne fut pas ma déception quand il me semblait que, derrière cette belle écriture, il n’y avait somme toute qu’un vulgaire « jugement de bonne femme ».

Parce qu’elle est validée comme penseuse ou intellectuelle, Mona Chollet peut juger la vie d’une femme, Mimi Thorisson, et diffuser ce jugement ? Parce qu’il s’agit de Mona Chollet, on doit accorder davantage de crédit à son propos que si c’était sa voisine de palier, ménagère de moins de 50 ans, qui nous disait « j’aime pas c’te nana » ?

Je ne connaissais pas Mimi Thorisson. Je suis donc allée voir son blog.

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Je cite Mona : Etre une compagne, une mère, une cuisinière et une maîtresse de maison parfaite, belle et bien habillée, dont la vie de famille se résume à une longue suite de plaisirs et qui offre à sa progéniture une enfance de rêve : tôt ou tard, les femmes contemporaines en viennent à conclure qu’on leur fait miroiter là un modèle impossible. Elles se disent que cette créature est comme les licornes : elle n’existe pas. Et puis, bim ! Mimi Thorisson apparaît – ou une autre. Stupeur : les licornes existent bel et bien, en définitive.(…) à côté d’elle les autres (femmes) se sentent nulles, malchanceuses et minables.

Heu… non ! Parle pour toi Mona. Je ne suis pas fan des blogs de cuisine, ni de cuisine tout court, mais ce que je vois de Mimi Thorisson, ce sont de jolies photos, un blog, une émission de cuisine. Je sais pas toi mais perso, je ne suis pas assez bête pour croire que c’est la vraie vie. Faut-il vraiment le préciser ?
Non je ne me sens pas nulle en voyant cette femme, dans sa jolie maison, avec son joli mari, avec ses jolis enfants. Si je me sentais nulle, malchanceuse ou minable, comme semble le penser Mona pour moi (pour elle ?), c’est avec moi et ma vie que j’aurais alors un problème, pas avec Mimi qui ma foi, ne fait rien d’autre qu’un joli business via une jolie mise en scène.
En lisant ce plaidoyer anti (jolie) femme au foyer aliénée par sa condition, je me dis que Mona nous prend vraiment pour des gourdes. Parce qu’une belle nana expose dans des photos bien léchées une partie de sa vie, nous devrions avoir des complexes ?
J’avoue avoir du mal avec ce raisonnement. Je me demande évidemment si le fait que Mimi soit jeune et belle n’entre pas en considération dans ce jugement. Même inconsciemment. Dans nos sociétés, on a toujours du mal avec la femme belle, je m’en rends compte une fois de plus en lisant cet article et les commentaires affligeants des internautes qui l’accompagnent, dont les trois quarts proviennent des femmes elles-mêmes, prenant plaisir à flinguer cette jeune femme.
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En même temps, avec un papier pareil qui, parce qu’il a été écrit par une « journaliste et essayiste », vous autorise d’autant plus à vous défouler (bah ! c’est pas moi qui l’dit c’est une essayiste !)…

L’article de Mona précise plusieurs fois que Mimi est belle et mince, à la silhouette de rêve (ben oui, après cinq enfants on est forcément grosse et moche, c’est bien connu), bien habillée. Je me demande donc, si Mimi avait été plus proche de Maïté que de Kate Moss, notre amie Mona aurait-elle eu le même jugement ? Si Mimi avait des kilos en trop, un mari pas folichon, ou un visage ingrat ? Vous me direz qu’alors elle ne se serait peut-être pas mise en scène de cette façon.

Mais qu’on soit bien clair : je ne livrerai pas une réflexion ici sur le blog et la partie visible de la vie de Mimi. Au fond je m’en fous un peu. Des jolis blogs y en a plein, et comme je vous l’ai dit, je ne suis pas une grande fana de cuisine. Je dis juste que Mimi fait bien ce qu’elle veut, se fait du fric comme elle veut, et qu’à sa place je répondrais à Mona que je l’emmerde.

La belle femme qui réussit semble toujours être un bon gros tabou. L’ironie c’est que Mona Chollet pense dénoncer tout l’inverse : une bobonne, certes mince et jolie mais avilie par sa condition de femme au foyer, une espèce de Caroline Ingalls prête à tout pour le bonheur de mari, enfants et chiens. Mona n’a pas dû regarder Desperate housewives, il faut donc lui rappeler que derrière les Bree Van de Kamp les choses sont bien plus compliquées qu’il n’y parait. Personnellement, on ne me la fait pas. Je me doute bien que parfois, la Mimi doit avoir le moral dans les chaussettes, que parfois elle doit pleurer même, que la femme parfaite n’existe pas.

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En un mot, je fais la part des choses : Mimi Thorisson est un personnage public, un blog, une animatrice télé. Et en tant que tel, elle se met en scène, elle revêt un masque social d’autant plus important qu’il y va de son business. Comme l’a dit une internaute pleine de bon sens (oui, il y en a !) dans les commentaires sous l’article :
Penser que je puisse être complexée par une image de papier glacée, c’est vraiment me prendre pour une andouille. C’est comme si vous me disiez qu’en tant que femme, je devrais m’outrer des photos de Kate Middleton après son accouchement, oubliant tout le contexte : famille royale, médias, photos, on se met bien quand même hein…
Ouf, merci.

 

Dans le paragraphe Forcément, on cherche la faille, Mona Chollet prend plaisir à rapporter les propos de Géraldine, blogueuse mode, qui, en visite chez Mimi raconte que Dans la maison, la seule fausse note qu’elle puisse repérer, à la faveur d’un passage aux toilettes, c’est un panier de linge sale en retard dans la salle de bains.
Que cherche à prouver Mona Chollet en rapportant ces propos ? (qui sont bien moins insinuants dans le papier de Géraldine….). J’aurais envie de dire, la belle affaire !

On pourrait aussi bien s’amuser à chercher un panier de linge sale dans un catalogue Ikea, tant qu’on y est (ah bon ? Y en a ?).

Mona, tu penses ce que tu veux de Mimi et de son blog. Tu as le droit de fantasmer, et de faire part de tes fantasmes. Mais merci de ne pas parler au nom de nous toutes, tu seras mimi.
"Le soleil vient de se lever ! Encore une belle journée, l'ami du petit déjeûner, l'ami Ricoré"

« Le soleil vient de se lever, encore une belle journée, l’ami du petit déjeuner, l’ami Ricoré »

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