Chère pilule,

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C’est en commentant un banal post sur la page Facebook du magazine féministe Causette, que je m’en suis rendue compte : les femmes ne t’aiment plus. Ou du moins une partie d’entre elles, parce qu’en fait quand on y regarde de plus près, c’est un peu comme pour le Nutella : on te critique mais t’es bien pratique quand même. (Oui, le Nutella est pratique, en cas de coup de blues, voire de dépression, ça aide, croyez-moi).

J’ai été interpellée, et désagréablement surprise, de constater la virulence des lectrices de ce magazine féministe à ton égard. Pourtant, dans mes commentaires, je ne faisais pas de prosélytisme, je ne faisais que dire que beaucoup de femmes te prenaient, rien de plus, rien de moins.

Réseaux sociaux obligent, je me suis fait littéralement incendier (« ouais non mais la pilule c’est de la merde, pourquoi tu la défends ? », « le stérilet c’est bien mieux, la pilule ça te blinde d’hormones, c’est chimique, et c’est pas écologique »,  sans oublier la bonne vieille théorie du complot, tellement pratique pour éviter la discussion (voire la réflexion) : « tu dois avoir des parts chez des groupes pharmaceutiques, [ton discours est] tellement à contre courant, passéiste et déconnecté que ça en est louche » (ce dernier commentaire est retranscrit mot pour mot, non ce n’est pas une blague…). Et pourtant, je te le jure chère pilule, je n’avais même pas pris ta défense ! Je n’avais fait que dire qu’un pourcentage important des femmes sous contraceptif te choisissaient. That’s it.

Cette discussion animée m’a fait beaucoup réfléchir, et a fini par m’inquiéter, je le dis carrément. J’entendais l’autre jour à la radio que les femmes qui avaient le plus d’enfants sur terre, c’était dans les pays pauvres. J’ai alors pensé à toi, et à prendre ta défense. Quitte à être taxée de louche, de passéiste, ou d’anti-féministe, autant y aller carrément. Donc je vais te défendre un peu, chère pilule, en disant que si ces femmes du tiers-monde t’avaient en libre accès ou presque, comme nous petites femmes blanches de pays riches, y aurait peut-être moins d’enfants qui crèveraient de faim, et tout d’un coup on te trouverait peut-être même une utilité écologique : moins d’humains sur terre… vous avez compris l’idée générale, je ne développe pas.

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Moi et une copine à la fête de la pilule. On a ri mais on a ri !

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui m’a le plus surprise sur ce post Facebook, c’était le désamour et la défiance à ton égard de femmes qui se revendiquent féministes. Te bafouer alors que tu leur as permis, il y a quelques décennies, de s’affranchir de contraintes énoooooormes, c’était à mon avis cracher dans la soupe. Je sais que le naturalisme est un nouveau courant chez les féministes, je ne porterai ici aucun jugement critique, mais franchement, dire que la pilule c’est passéiste, j’avoue, j’ai un peu de mal. Où est le féminisme dans un tel postulat ? Dites ça à ma grand-mère qui avait 4 gosses à 22 ans, un mari alcolo et pas beaucoup d’argent, dites lui que la pilule c’est pas féministe et passéiste, elle va bien rigoler.

Quant à défendre le stérilet à tout prix, je suis là aussi perplexe de l’ignorance, ou devrais-je dire, de la méconnaissance (manque d’information ?) de ces farouches défenseuses de notre cause féminine. Que croient-elles ? Que le stérilet n’a aucun impact sur le corps ? Savent-elles au moins comment ça fonctionne ? Pensent-elles que les autres moyens de contraception sont écologiques, naturels, dénués d’hormones, ou de tout ce que vous voulez ?

Chère pilule, tu n’es pas parfaite, c’est certain. Mais tu as le mérite d’exister. Tout comme ces autres moyens de contraception. Faut-il rappeler qu’à part le préservatif, aucun contraceptif n’est anodin pour le corps ? Il y a bien les méthodes « naturelles », que j’ai pratiquées juste avant de lancer les essais bébé, mais on sait tous que ça a ses limites, n’est-ce pas ? Chez une ado qui ne connait pas encore très bien son corps, chez une femme dont le mari lui saute dessus que ça lui plaise ou non (c’est triste mais ça arrive), chez une autre qui n’a pas eu un accès folichon à l’éducation, ou tout simplement chez celle qui pige que dalle à ce qui se passe là bas d’dans. Pour une méthode naturelle, il faut s’impliquer bien plus qu’en prenant un petit cacheton, soi et son partenaire (je sais de quoi je parle), et être prêt à accepter l’éventualité d’une grossesse, s’il y a foirage quelque part.

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Copyright Nicolas Vadot

 

 

 

 

 

 

 

C’est pour toutes ces raisons, entre autres, que je trouve que mes copines te condamnent injustement, chère pilule. Il y a bien eu ce scandale autour de ta troisième et quatrième générations, qui ont fait frémir dans les chaumières, et ont eu l’effet pervers de créer une méfiance extrême à ton sujet.

Tu es loin d’être parfaite, je le redis. Je t’ai parfois arrêtée, car j’en avais marre. Je t’ai changée, quelques fois aussi, car tu me donnais des migraines, ou des baisses de libido, ou des sécheresses mal placées (hum). Mais bordel, je ne te renierais pas pour autant ! Tu n’es pas parfaite certes, mais tu m’as permis de m’envoyer en l’air sans craindre d’être enceinte pendant des années ! Qui sait, peut-être que sans toi, j’aurais été mère à 23 ans, ou j’aurais dû subir un avortement, et ça j’avais vraiment mais alors vraiment pas envie.

Chère pilule je t’ai oubliée, parfois. J’ai pris ta copine, celle du lendemain, peut-être une fois ou deux. Ou trois… Pas bien. Ça ferait hurler ces lectrices de Causette qui m’ont enguirlandée parce que je disais que des femmes sous pilule n’avaient plus de règles, et que, parfois, ça les arrangeait bien (moi par exemple, cf. ci-dessous). N’empêche que, sur le moment, j’ai préféré ça à un éventuel avortement.

Et puis je t’ai arrêtée, petit cachet rond, pour faire un bébé. Roh, ce que c’était bien ! Du naturel, du vrai, en me disant que de toute façon, je la voulais la petite graine. Mais pour cela j’ai dû revivre des cycles justement naturels. Et moi, je n’ai pas la chance d’avoir des règles pépères (ou plutôt mémères). Quand j’ai mes règles, j’ai MAL. Mais genre pas un peu mal, vraiment MAL.

x240-x20Je souffre, c’est horrible. Je me tords de douleur, comme dans la chanson de Jeanne Cherhal Douze fois par an. Je flingue au moins une demi-journée à devoir rester au pieu, tellement j’ai mal. Une fois, quand j’étais toute jeunette, j’ai même tourné de l’œil au boulot. Bim malaise, pompiers, vomissements, retour à la maison tout ça pour des règles, non mais je vous jure…

Alors évidemment, c’est pour ça aussi que je t’aime bien malgré tout le mal que tu peux faire, ma pilule. Quand je te prends, je ne souffre plus. Merci aussi pour ça.

Voilà chère pilule, je sais que tu n’es plus très populaire. La méfiance générale autour des produits « chimiques » (le mot préféré des paranos adeptes du tout naturel, qui semblent ignorer que beaucoup de produits qu’ils vantent, comme le bicarbonate de soude ou la glycérine SONT des produits chimiques… Comme le rappelle cet article du Huffington Post).

Je disais donc, la méfiance générale autour des produits chimiques, ou du moins, industriels, les divers scandales sanitaires et alimentaires, la peur de manger de l’huile de palme ou des nano-particules, la peur de faire vacciner ses enfants, de prendre un sirop pour la toux ou de se mettre du déodorant avec plein de merdes dedans (par contre pour continuer à fumer des clopes, y a du monde… bref)… Toute cette méfiance collective légitime, voire justifiée, (je souligne bien, histoire qu’on ne me prenne pas encore pour un suppôt de satan de labos) participe du ternissement de ton image, petite pilule.

Les gens, les femmes, ont peur de toi. Tu es petite mais costaude, te rends-tu seulement compte ? Tu parviens à bloquer une ovulation… C’est que ça doit pas être anodin, tout ça.

Tu files des thromboses, des AVC, des phlébites, des embolies, des migraines, des libidos en berne, des sècheresses mal placées… Tout ça dans un si petit comprimé ! C’est vrai que ça fiche la trouille.

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Ah la la chère pilule, t’es bien compliquée en fait. D’un côté tu as été une révolution, n’en déplaise à ces nouvelles féministes qui semblent avoir la mémoire courte, de l’autre tu fiches les (ca)jetons.

Mais on a rien sans rien, me diras-tu. La méthode idéale n’existe pas encore. Vivement la ménopause !

Ne m’en veux pas chère pilule. Je t’ai reprise après avoir mis mon bébé au monde, mais on va devoir se séparer encore toi et moi. Pas tout de suite, je te rassure, mais dans quelques temps. Quand on aura envie de mettre en route le deuxième, quand j’en aurai marre de toi et voudrai essayer autre chose. Mais jamais je ne ferai comme ces ingrates féministes naturalistes extrémistes, jamais je ne te dénigrerai à ce point, ou, pire, inciterai de toutes jeunes femmes à arrêter de te prendre. Car, et d’une, je ne suis pas leur gynéco, et de deux, chacune fait ce qu’elle veut : en matière de contraception, ce qui me convient à moi ne conviendra pas forcément à une autre, et de trois, je le redis, tu as le mérite d’exister, et je ne sais pas ce qui est pire entre te prendre (avec suivi médical, bien entendu !) ou subir une IVG… ou une grossesse non désirée.

En attendant la ligature des trompes ou la ménopause, je continue un bout de chemin avec toi. On verra pour la suite…

Merci quand même à toi d’exister. bisous.

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PS : le but de ce billet n’est pas de dire aux femmes « prenez la pilule, c’est bien ». Je ne nie pas les éventuels problèmes de santé qu’un contraceptif oral peut occasionner. Je rappelle qu’évidemment, en matière de contraception, il faut impérativement « une discussion avec le médecin afin de trouver la méthode qui aurait le meilleur rapport bénéfices-risques. C’est une prescription individuelle. Il faut évaluer la contraception au regard de l’âge, des enfants, de la sexualité ». Ce que je peux humblement conseiller à mes comparses, c’est de ne pas faire n’importe quoi, arrêter sa pilule brutalement parce qu’on a lu un article qui fait peur, sans penser à un autre moyen de se protéger, ou prendre la pilule jusqu’à la ménopause sans un suivi gynéco régulier, en cumulant les risques (surpoids, tabac, etc.). Du bon sens, somme toute…

PPS : pas la peine de fantasmer sur d’éventuels laboratoires machiavéliques pour lesquels je bosserais. Remarquez, j’aimerais bien, j’aurais sans doute une contribution financière alléchante, plus besoin de le chercher, ce foutu job de rêve…

En savoir plus sur les pilules de troisième et quatrième générations dans cet article du Monde ;

Pour une réflexion plus poussée, philosophique et sociologique, et si vous avez beaucoup de temps ;

Une discussion avec une féministe (Badinter) sur ce féminisme naturaliste (si vous voulez vraiment du débat, tant qu’on y est…).

Voilou, vous avez tout, amusez-vous bien et pro-té-gez-vous !

4 réflexions sur “Chère pilule,

  1. Celestine dit :

    J’ADORE….. Vraiment tu es drôle pétillante, une plume en or … Un plaisir à lire… Tu l’as rib nouveau job de rêve … Lance toi dans l’écriture, j’achète tous tes bouquins
    Alors bientôt un nouveau bibou
    Je t’embrasse

    • Birdy dit :

      Ouahou, merci ma Célest’ ! Si tu savais comme ce que tu dis me fait plaisir (et me donne de l’espoir, voire des idées…).
      Promis, tu seras la première à qui je dédicacerai mon bouquin ! 😉 Mais je suis méga flattée !

  2. Maman Nouille dit :

    Purée, d’habitude ce sont des billets sponsorisées par les marques de biberons ou de jouets, mais là, carrément par les labos pharmaceutiques ! XD Y a une plaquette à gagner si on devine la date de ton ovulation?
    Bon bon, trêve de (mauvaise)plaisanterie, je rejoins le commentaire au dessus sur la joliesse de ton écriture. C’est vraiment un billet très complet. Même si ça me chagrine un peu que tu sois obligée de mettre des PS pour bien rappeler à tout le monde qu’il faut aller voir son docteur, et que non tu n’est pas sponsorisée et que … mais bon, j’imagine que chat échaudé…
    Je te rejoins sur la plupart des point. Mais j’avoue que je suis plutôt en colère parfois contre ces modes du fait maison et du maternage qui ramènent parfois certaines femmes au moyen âge et les poussent à se juger entre elles. C’est comme si un homme avait dit, purée ces femmes qu’est-ce qu’elles nous agacent à parler et à voter, qu’est ce qu’on pourrait bien faire? Ben oui, comme elles se sont libérés, on va plus pouvoir faire grand chose? Ah ben si, on a qu’à relancer de veilles modes et dire que l’idée vient d’elles!Mais bon, je te rassure, j’ai allaité, porté mon bébé en écharpe, là faut que j’aille au marché acheter des légumes bio pour les purée de mon fils et je tricote! (De même ça m’a toujours énervée quand des collèguEs ont pu me faire une réflexion quand j’emportais des plats surgelés à midi, c’est tellement mieux le fait maison! Si j’avais été un homme, j’aurai peut-être eu droit à ‘il te faudrait une femme pour cuisiner de bons petits plats’. Oui les plats surgelés c’est dégueu, les conservateurs et tout et tout mais ça a quand même le mérite de libéré la femme du fourneau ..).
    Enfin bref, c’est mon commentaire féministe du matin XD
    (Avec ça, si je ne gagne pas un an de pilule, je ne sais plus quoi faire)

    • Birdy dit :

      Bravo Maman Nouille !!! Tu l’as gagnée, ton année de pilule ! Qu’est-ce que tu préfères ? Deuxième, troisième, quatrième génération ? Avec ou sans gestodène ?

      En tout cas, merci pour ton commentaire, qui m’a bien fait sourire. J’ai pu constater tes talents au tricot (je suis toujours super admirative, je voulais te le dire directement sur ton blog, mais tu n’as pas activé l’option commentaire on dirait ?). Tu prêches une convaincue pour ça et tout le reste : comme toi j’ai mes petits agacements face à ces nouveaux courants souvent plus culpabilisants qu’autre chose, je trouve, et d’un autre côté, je ne serai jamais l’extrême inverse non plus. Bref, un peu de bon sens, du juste milieu, de l’intuition et pour le reste, je fais bien comme je peux bordel de m**** ! J’ai allaité mon bébé tard (je viens seulement d’arrêter), mais j’avoue que les petits pots c’est bien pratique tout de même.
      Comme tu le dis, je me suis sentie un peu obligée de me justifier sur le bien-fondé de cet article : je lis beaucoup de billets de blog, je vois ce qui se dit sur les réseaux sociaux, et je prends la tempé de ces nouvelles modes, de ces nouveaux courants, d’un peu tout ce qui se fait. Les farouchement opposées aux vaccins, les adeptes du maternage proximal, de la motricité libre, du tout naturel, etc., etc. Attention, je ne porte aucun jugement, je pense même qu’il y a de très bonnes choses à prendre là dedans; simplement j’ai eu envie de dire ce que je pensais à propos de ce phénomène avec la pilule, qui parfois m’inquiète un petit peu, sans avoir des flots de commentaires comme j’ai pu en avoir lors de ce post sur FB, qui disaient que j’étais mauvaise, rétrograde, louche, voire carrément malveillante, de « défendre » la pilule (pour un post d’un magazine féministe, c’est quand même con… m’enfin… on n’est plus à une contradiction près). Donc, il m’a semblé utile de rappeler que, d’une, prendre la pilule est mon droit inaliénable, et de deux, non je ne suis pas payée par des labos, sinon est-ce que vous croyez vraiment que je ferais mon prosélytisme ici sur mon petit blog lu par trois pèlerin(e)s ? Franchement…

      Voilà Maman Nouille, tu as tout résumé quand tu dis que tout ça pousse les femmes à se juger entre elles encore un peu plus. Tes craintes sont exactement celles exposées dans ce lien que j’ai posté à la fin de mon billet (l’interview de Badinter). Autant je ne suis pas d’accord avec elle sur tout, autant je trouve qu’elle a raison de trouver ce naturalisme pénible et inquiétant.
      Je suis la première à dire qu’on est des animaux, à croire en l’instinct maternel (sorry Elisabeth), à renifler mon petit comme un animal et à me dire qu’il y a plein de choses que je ne maitrise pas, parce que je secrète des hormones diverses et variées que je le veuille ou non. Cela étant, je suis sciée quand je lis que la pilule est à contre-courant et passéiste, anti-écologique et que sais-je encore… Je suis inquiète quand je vois des copines arrêter la pilule du jour au lendemain, comme ça, et me dire qu’elles vont pratiquer la méthode du retrait (si si, c’est fiable ! Ben voyons…), alors qu’elles couchent avec un mec marié qui ne quittera pas davantage sa femme parce que sa maitresse est en cloque. Je me dis que ça va trop loin, et que c’est même dangereux, ces discours à la con, à force.
      Les extrêmes, d’un côté ou de l’autre, me fatiguent et m’effraient.
      Sur ce, il est 10h31, ma réponse est déjà trop longue, et je dois moi aussi aller au marché bio faire quelques courses.
      Je ne tricote pas encore, mais j’adorerais m’y mettre…

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