Au secours ! Belle-maman est pédiatre

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Oui, vous avez bien lu. Ma belle-mère est pédiatre, c’est le drame de ma vie (bon j’exagère un peu). Déjà, dans l’imagerie collective, une belle-mère, c’est pas toujours évident, mais alors quand en plus elle pédiatre, c’est l’enfer sur terre (bon j’exagère un peu).

Que ce soit clair : j’aime beaucoup belle-maman. Elle est un peu spéciale de prime abord, mais j’ai appris à l’apprécier et finalement on s’entend assez bien, d’autant que c’est une bavarde et moi aussi, comme vous aurez pu le constater. Mais voilà. Je n’entrerai pas dans les détails de sa personnalité ou de sa psychologie mais en gros… elle est chiante c’est quelqu’un d’assez brut de décoffrage, un peu direct, un tantinet bourrue dans sa façon d’être et de parler, pour ne pas dire carrément maladroite. Même si elle sait se montrer très réfléchie. Bon ça reste une femme hein ! (mon Dieu ça y est, je culpabilise). Elle a eu une enfance un peu spéciale, et un entourage très masculin. Et pour cause ! Elle a eu quatre garçons. Je ne sais pas si ceci explique cela, mais je suis parfois persuadée que si elle avait eu une fille elle ne serait pas comme ça. On sent qu’elle a dû s’affirmer face à cette famille, entourée de cinq hommes.

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Tout a commencé quelques temps avant la naissance de son petit-fils. Elle m’a appelée, un beau jour, pour se rassurer. Elle voulait savoir si je n’avais pas envisagé de pratiquer cette « connerie » de cododo. « Heu… non, lui répondis-je. Je vous rassure, c’est pas mon trop mon truc ». Ç’aurait pu s’arrêter là, sauf que c’en était parti pour 20 minutes de coup de gueule contre le cododo – ou co-sleeping, appelez ça comme vous voulez – j’en passe et des meilleures. Elle venait de tenter de réanimer (en vain) un nourrisson mort en dormant avec sa maman. Du coup, j’ai essuyé les plâtres. Visiblement très remontée (et sans doute choquée… y a de quoi), j’ai eu droit à une répétition en boucle de « surtout ne faites jamais ça, jamais ! C’est une connerie, de toute façon à un moment donné faut couper le cordon, ton bébé n’est plus dans ton utérus ». « Heu… non non. Comme je vous l’ai dit il y a 28mn32 secondes, je n’ai jamais eu l’intention de pratiquer le cododo. Oh attendez belle-maman, j’ai plus de batteries ! ».

Quand bébé est né, elle est venue à la maison. Notre poupon n’avait même pas un mois. Moi j’étais comme une toute nouvelle maman à ce moment là, pleine de fatigue, d’émotions, de bouleversements hormonaux, et de questions. Je n’étais pas comme aujourd’hui, sûre de moi et à l’aise avec mon bébé, plus confiante et affirmée dans mon rôle de maman qui a trouvé son rythme et retrouvé ses esprits (ainsi qu’un peu de sommeil). Je me souviendrai toute ma vie de ce week-end qu’elle a alors passé auprès de nous. Je l’ai assez mal vécu. Elle ne s’en rendait pas compte évidemment, c’est tout sauf quelqu’un de méchant, mais je m’en suis pris plein la figure. Du moins c’est comme ça que je l’ai perçu. Rien n’allait, ou, en tout cas, elle avait un mot sur TOUT : les petites choses tricotées par ma grand-mère (ça fait vieux ! ça gratte pas c’truc là ? ), notre équipement puériculture (oui bon bah c’est bien mais rien de nouveau hein, ils n’ont rien inventé finalement et puis nous on avait le snugli comme porte-bébé, on a rien fait de mieux depuis), et surtout mon comportement (tu lui donnes trop souvent le sein, il va te tyranniser, si vous continuez comme ça vous ouvrez la porte au diable (mot pour mot)). Un soir, alors que bébé pleurait dans son berceau à s’en décrocher sa petite mâchoire sans dents, et tandis que j’étais tentée, évidemment, d’aller le récupérer, elle a commencé à faire tout un speech, disant qu’il fallait que je le laisse pleurer un peu, après m’être assurée que tout allait bien (quand même !), mais que si je craquais systématiquement pour lui donner le sein j’allais me faire tyranniser. Elle répétait qu’il fallait qu’il s’endorme parfois sans téter. Je l’entendais hurler (mon bébé, pas ma belle-mère), mon homme tentait de le consoler, mais moi je savais qu’il voulait être au sein et rien d’autre. J’ai laissé passer quelques minutes qui m’ont paru des heures. Mon homme nous a lancé de la chambre un « il est tout rouge », ce à quoi belle-maman a répondu, très inspirée et d’humeur lyrique ce soir là, « mais le rouge, c’est la vie ! » C’en était trop. Je me suis levée d’un bond en me disant que j’en avais rien à foutre et que c’était mon bébé après tout.

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Je l’ai mis au sein. Et j’ai sans doute ouvert la porte au diable.

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N’empêche que le diable il a fait ses premières nuits de 8-9h d’affilée à même pas 2 mois, ce qui n’a été le cas d’aucun de ses quatre enfants. Et toc. Y a pire comme tyrannie ! Et puis, comme je lui ai dit un jour un rien fataliste, « bah, tant pis que voulez-vous, je crois qu’à partir du moment où on choisit d’avoir un enfant, on accepte d’être tyrannisé un petit peu, non ? » J’ai failli ajouter qu’au pire, on irait voir un exorciste, mais je ne suis pas sarcastique avec belle-maman. Pas encore.

Bon et puis surtout, elle est pédiatre. Ça lui donne donc toute légitimité vous comprenez. Elle SAIT elle. Je ne doute pas une seule seconde que c’est un excellent médecin. Je ne sais pas comment elle est d’un point de vue contact humain avec ses patients (et surtout avec leurs parents), mais ce qui est certain c’est qu’ils n’ont pas en face d’eux quelqu’un de doucereux ou de mielleux. Tant mieux me direz-vous. Elle doit leur dire les choses un peu comme elle les pense, enfin… j’imagine. Les bons médecins ne sont pas toujours les plus fins psychologues, c’est bien connu. Pour vous donner une idée de sa douceur phénoménale, il y a quelques temps, en vacances en famille, j’échange quelques paroles avec un des frères de mon homme sur le fait que bébé est ronchon ces jours-ci, et on en vient à dire un peu comme ça, sans trop réfléchir, que peut-être il commence à faire ses dents. Et là, elle se retourne vers moi et me lance tout de go « me dis pas que tu crois à ces conneries ? » Heu… Je… hein ??? Qué ???

J’ai eu droit aussi toute la semaine à des « tu l’as pas mis assez sur le ventre, ça se voit », ou « tu es comme toutes ces mamans qui croient toujours que leur enfant a faim, il n’a pas faim là ! ». J’ai pas dit qu’il avait faim, j’ai dit qu’il avait envie de téter. Grrrr. Je ne m’étendrais pas sur le fait qu’évidemment elle s’adresse la plupart du temps à moi, et pas à son fils ou à notre couple. Eh oui, je suis la mère, c’est donc moi la fautive (bon j’exagère un peu).

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Pourtant, au départ, je me disais que ce serait bien pratique d’avoir une belle-mère pédiatre. D’ailleurs, je le pense toujours et j’aime malgré tout discuter avec elle de son métier. Ce qu’elle adore visiblement. Et puis elle est géniale avec les bébés. Pour le coup, je le lui ai confié mon fils en toute sérénité, sachant qu’elle serait super avec lui, à tous les niveaux. C’est donc bien pratique, je le reconnais, de pouvoir poser une question au détour d’un coup de fil (même si, dans la mesure du possible, je préfère que ce soit son fils qui le fasse). Je dois parfois quand même batailler un peu, pour lui expliquer par exemple qu’en Belgique on ne fait plus le BCG. Je dois aussi la rassurer, souvent (vous l’emmenez faire ses vaccins au moins ? Vous ne faites pas partie de ces gens qui ne font plus vacciner leurs enfants ?  Ah ben si justement belle-maman ! Non seulement on ne l’a pas fait vacciner mais on ne l’a pas emmené chez le médecin depuis sa sortie de la mater’. Et puis on dort avec toutes les nuits, et je le mets sur le ventre en plus… pis les vaccins y z’ont dit que c’était pas bon, que ça donnait de l’autisme y parait… mais non j’déconne belle maman ! Bien sûr qu’il est vacciné !!!).

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Autre chose, ma belle-mère est pédiatre en néonatalogie. Ce qui soit dit en passant suscite mon admiration. Elle a aussi fait les urgences pédiatriques, pendant de nombreuses années. Hélicoptère et tout. C’est génial, quel beau métier me direz-vous ! Sauf que… elle me raconte plein d’histoires horrrrrribles (cf.anecdote du cododo ci-dessus) ! Quand vous êtes maman pour la première fois, que la mort subite du nourrisson vous fiche déjà les jetons, et que votre belle-mère en rajoute quatre couches en vous disant que oui oui, vous avez intérêt à faire gaffe, que d’ailleurs comme votre bébé dormait depuis un bon moment elle est allée vérifier au bout d’un moment s’il n’était pas froid (mot pour mot, d’après son fils c’était de l’humour, mais permettez-moi d’en douter, je sais reconnaître de l’humour noir quand c’en est, moi-même étant une adepte).  On lui dit que bébé régurgite beaucoup, que des fois il a l’air de mal dormir parce qu’il en a jusque dans le nez ? « ah mais ça ça ne me plait pas ! Quand ça passe par le nez c’est pas bon, ils n’ont pas encore le réflexe d’ouvrir la bouche pour respirer, du coup ils peuvent s’étouffer »… Voilà comment passer pas mal de nuits ensuite à vous réveiller toutes les 45 minutes pour vérifier que votre bébé ne s’est pas étouffé dans son vomi, comme Jimmy Hendrix. Chaque petit problème ou questionnement de jeune parent est donc sujet à une anecdote dramatique. Ben oui, aux urgences pédiatriques, forcément… c’est biaisé hein ! Elle a même critiqué notre coque auto dos à la route (pourtant très bien), en disant qu’elle était dubitative sur le dos à la route, que quand elle voyait des gamins accidentés c’était pareil qu’ils soient dos à la route ou non. J’ai eu envie de lui dire qu’elle avait forcément un avis biaisé, en me lançant à mon tour dans un discours sur les biais de sélection, tout ça tout ça, sa perception sélective du truc, tout ça tout ça… Mais je crois que c’était même pas la peine. Laisse béton.

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Une anecdote marrante (enfin… vite fait). Ma chère belle-maman est très fière de son métier. Et elle a bien raison. Mais du coup, lors de ce fameux week-end à la maison, elle avait mis dans la tête de son fils de trouver un pédiatre néonatologue, parce que selon elle ils sont meilleurs pour les tout petits. Moi de dire « bah, il est pas préma ! Et puis en plus tout va bien il est en pleine forme donc bon… » C’était peine perdue. Et nous voilà lors de notre première visite post-natale à l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance, pour les non Belges), avec mon cher et tendre, jeune papa plein de bonne volonté, en train de demander au médecin si parmi les pédiatres qu’il nous conseille il y aurait un néonatologue. Le médecin (elle-même pédiatre), un peu surpris, de répondre « mais, il n’est pas prématuré » ! Merci !

Je pourrais vous raconter encore plein de petites anecdotes, des marrantes et des qui m’ont un peu soûlée quand même, mais je vais m’arrêter là, vous aurez compris un peu le personnage.

J’ai lu beaucoup de témoignages de jeunes mamans fort déstabilisées par leur pédiatre. Entre les avis contradictoires depuis la nuit des temps, les théories qui changent tout le temps, ce qu’on vous dit, ce que vous lisez, entendez, apprenez par vous-même. C’est déjà pas évident, alors quand c’est belle-maman/pédiatre qui s’y met… c’est double peine !

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Aujourd’hui ça va mieux. Enfin disons que je suis moins vulnérable, et plus sûre de moi avec mon bébé. J’ai encore du mal à la rembarrer quand je devrais, je n’ose pas, même si j’essaie de me défendre tant bien que mal. Gentiment. Ça ne l’empêche pas de faire des réflexions, mais j’essaie d’entendre ça d’une oreille seulement, et de prendre du recul. À côté de ça elle n’est pas envahissante, pas le genre de mère à appeler son fiston tous les jours, loin de là. Donc bon, l’un dans l’autre… Et puis il y a du bon aussi, malgré tout. Elle m’apprend des choses, et s’occupe bien de son petit-fils… quand elle le voit. Ma maman étant gravement malade et handicapée, il est important pour moi que mon fils ait au moins une grand-mère en pleine forme. Peu importe qu’elle soit parfois un peu maladroite avec moi, c’est sa mamie, et on l’aime ! (Ne voyez pas l’once d’une culpabilité dans cette conclusion, je le nierais formellement…).

Là c'est moi avec ma belle-mère...

Là c’est moi avec ma belle-mère…

 

 

13 réflexions sur “Au secours ! Belle-maman est pédiatre

  1. Maman Nouille dit :

    Ben au moins ça fait un article sympa à lire XD
    J’ai de la chance d’avoir une belle-mère qui ne se permet aucun jugement (et qui habite loin).
    Par contre j’écoute rarement les conseils de ma pédiatre en matière d’éducation (genre ne pas le laisser s’endormir au sein, le laisser pleurer pour dormir…) .
    Mais du coup le combo des deux doit être sympa. Mais si tu es arrivé à écrire cet article c’est que tu as déjà su prendre le recul nécessaire 🙂

    • Birdy dit :

      Héhé merci Maman Nouille ! (sympa comme pseudo). Je crois qu’effectivement, en matière d’éducation (parce que pour la santé de mon bébé je fais ce qu’on me dit), je réagis par mal à l’instinct. Je crois qu’on est les mieux placées pour sentir ce dont notre bébé a besoin, en tout cas pour un tout petit comme c’était le cas pour moi. Mon nouveau-né de 3 semaines a besoin de téter le soir ? Ben tant pis, je ne vais pas le laisser pleurer des heures sous prétexte que je lui donne de mauvaises habitudes. Aujourd’hui, mon fils parvient à s’endormir seul, sans être au sein, et il fait ses nuits depuis plusieurs mois. Comme quoi…
      Sinon oué, c’est un chouette combo, belle-maman/pédiatre, je recommande !

  2. lacafouine dit :

    ahah effectivement ça ne doit pas être évident, mais à la fois rassurant tout de même; bon moi j’ai la chance de ne pas avoir de belle-mère (oups humour noir inside je ne pense pas que mon mec pense la même chose). Pour le coup j’ai été un peu obligée de cododoter sinon je ne dors pas et je ne l’ai certainement pas avoué à mon pédiatre!

    • Birdy dit :

      Pas évident oui, rassurant tout de même c’est certain ! Je rigole je rigole, mais le jour où bébé aura un souci, je serai bien contente de pouvoir l’appeler à n’importe quelle heure. J’en ai bien conscience. Pour le moment nous n’avons eu aucun problème, à part ses régurgitations (normal), mais quand il entrera en crèche… toi même tu sais !
      Surtout oui, ne dis jamais que tu as un peu cododoté, tout comme je n’ai jamais avoué à ma belle-mère que je me suis souvent endormie pendant les tétées nocturnes, bébé au sein (mais vite réveillée, pas de panique belle-maman…). Je ne sais pas si c’est lié aux « anciennes » générations, mais j’ai parfois l’impression que c’est un peu lié quand même, avec les théories de l’époque genre laisser pleurer, tétée toutes les 2h30 minimum, couper le cordon, etc. A voir !

  3. lacafouine dit :

    (c’est drôle certaines expressions rappellent mon pédiatre qui aime bien sortir des « vous allez droit dans le mur », « vous faites entrer le loup dans la bergerie », « mais c’est une association de malfaiteurs! », et j’en oublie… 🙂 )

  4. Ayanna dit :

    En lisant le titre de ton article je me suis dit « OH PU…. » mon dieu…. J’ai déjà du mal avec belle maman qui est un peu comme la tienne, sans le métier. Mais l’imaginer pédiatre, je te plains. Tu dois absolument t’affirmer. Un pédiatre c’est bien, une maman c’est encore mieux. Seule toi sait ce qui est bon pour TON enfant. Et ça, même à côté de tous les pédiatres du monde aussi bons qu’ils soient. Courage, et tu as l’air d’être une super belle-fille !

    • Birdy dit :

      Ouahou merci Ayanna ! J’avoue que ça fait du bien de lire ça, car parfois je me suis demandée si c’était moi qui exagérais (mon cher et tendre n’entend évidemment pas le tiers du quart de ce qu’elle me dit, c’est son fils aussi faut dire). Pour l’instant je laisse filer, en essayant d’en rire (même si parfois je suis quand même plus que déstabilisée), mais il est clair que si elle continue je vais devoir demander à chéri chéri de m’aider sur ce coup là ! On verra…
      Heureusement qu’elle n’habite pas à côté on va dire !
      Et puis des fois je me dis que ce sera moi qui serai belle-maman un jour. Mais je ne serai pas comme ça, c’est sûr. Je serai peut-être relou pour d’autres trucs !
      J’ai parlé de ça avec une amie de mon homme, dont la belle-mère est elle aussi pédiatre. Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, que pour le 2ème (enfant) j’en aurai plus rien à foutre ! Mais elle m’a dit aussi de m’affirmer, gentiment mais fermement, si ça devait continuer. Bon pour le moment ça va, je gère ! Et puis à côté de ça elle est quand même chouette… 😉

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